Alors que les Français préparent activement les championnats d’Europe, organisés à Barcelone du 27 juillet au 1er août, les Américains et autres Jamaïcains vont pouvoir souffler un peu. Conséquence directe d’un calendrier vierge de toute compétition mondiale sur les pistes d’athlétisme. Est-ce pour autant une saison sans intérêt ? Eléments de réponse.

Crédit photo : FFA/Rémi Bellevègue
Entre les Jeux olympiques de Pékin en 2008 et les championnats du monde de Berlin l’année dernière, l’athlétisme mondial a connu deux saisons de pure folie, marquées notamment par l’éclosion d’un certain Usain Bolt, l’extraterrestre jamaïcain qui a définitivement repoussé les barrières du sprint. Après ça, le programme de l’année 2010, sans JO ni Mondiaux, pourrait sembler bien fade avec « seulement » un championnat d’Europe à se mettre sous la dent. Mais côté français, il ne s’agit surtout pas de sous-estimer son importance. « Il n’y a pas d’année creuse car un championnat d’Europe est toujours une compétition très importante, confirme Stéphane Diagana, champion du monde 1997 et président de la Ligue Nationale d’athlétisme de 2007 à 2009. Avec une concurrence moins importante dans certaines disciplines, c’est justement l’occasion pour les Français de remporter un titre majeur ». Et le responsable de prendre l’exemple de Leslie Djhone, spécialiste du 400 m. « Il est clairement favori pour le titre européen cet été, ce qui n’est pas le cas au niveau mondial ».
Du côté des athlètes justement, le discours est identique. Le sprinter Martial Mbandjock, qui doublera 100 et 200 m à Barcelone, a d’ailleurs axé toute sa préparation en vue de ces « Europe ». « Cette compétition est aussi importante à mes yeux qu’un championnat du monde, d’autant qu’elle n’a lieu que tous les quatre ans, explique-t-il. C’est la première fois que je vais y participer et j’ai une grande chance de médaille ». Pas question donc pour lui de prendre cet événement à la légère. Et encore moins de le zapper. « Si les Américains peuvent faire l’impasse sur leurs championnats continentaux, cela parait plus difficile chez nous, détaille Diagana. Ce sera en tout cas mal perçu par les responsables fédéraux et l’athlète devra justifier un tel choix ».
« Plus relax pour les étrangers »
Seuls les athlètes non-Européens peuvent donc parler de saison « off ». Exempts de toute compétition mondiale, ils pourront en effet enchaîner les meetings sans pression, à travers notamment la toute nouvelle Diamond League, qui remplace depuis cette année la Golden League. « Pour les étrangers, en effet, c’est un peu plus relax, note Stéphane Diagana. Cette saison est l’occasion pour eux de faire des essais. Ils pourront enchaîner les courses de haut niveau et être au top pendant deux ou trois mois au lieu de baser leur préparation sur l’objectif d’un pic de forme ».
L’occasion aussi de faire retomber un peu la pression. Car de leurs côtés, nos petits Frenchies (Teddy Tamgho et Renaud Lavillenie en tête) seront, cet été encore, attendus au tournant. Bien sûr, l’or européen leur tend les bras, encore faut-il répondre présent le jour J. « Pendant ces années « off », les Américains échappent un peu à cette pression, avoue Mbandjok qui s’entraîne à leurs côtés depuis maintenant deux ans. Ils ont également une préparation différente, davantage axée sur la vitesse que sur le physique. Ils peuvent donc souffler un peu et laisser leur corps tranquille ».
Un avantage considérable donc face à des Européens qui ne profitent finalement jamais d’une année sans grand rendez-vous ? C’est en effet ce que l’on pourrait croire. Mais il n’en est rien. Surtout avec la création de cette Diamond League, événement capital aux yeux des responsables de l’IAAF (la Fédération internationale de l’athlétisme, ndlr) et donc…des sponsors. « Avec la tournure que prend l’athlétisme professionnel, la pression s’est déplacée sur les meetings et les athlètes non-Européens doivent se montrer aussi performants que lors d’un championnat du monde, précise Martial Mbandjok. Et puis moi, ça ne me dérange pas qu’il y ait des grandes compétitions chaque année. Je suis un coureur de championnat ». Il aura justement l’occasion de le prouver cet été sur la piste barcelonaise avec, pour objectif, une médaille sur 100 et 200 m.




