Christina Rosmini, la chanson comme art de vivre

Loin de la notoriété formatée des radio-crochets télévisés, des artistes au talent brut creusent patiemment leur sillon. Christina Rosmini appartient à cette catégorie de chanteuses. Méditerranéenne jusqu’au bout des ongles, elle chante avec une voix d’or sa foi dans la beauté du monde. Sous l’Oranger, son premier album, est sorti l’an passé chez Harmonia Mundi. Elle sera au Zèbre de Belleville les 30 juin et 1er juillet prochains pour deux concerts exceptionnels.

« La chanson est un art premier, une expérience indispensable à l’être humain. Depuis toujours, les émotions sont exprimées par le chant, et c’est ce que les bébés entendent en premier  ». Christina Rosmini aborde avec exigence son métier de chanteuse. Cette marseillaise d’origine espagnole fait partie de ces artistes souvent méconnus du grand public, au talent pourtant éclatant. Son univers aux accents andalous, enflammé comme un feu de joie tzigane, est imprégné du bonheur intense d’être vivant. Ses chansons sont des fruits gorgés de soleil, et la sensualité des corps y côtoie le mystère bienveillant des âmes. Elle les interprète d’une voix chaude et lumineuse, riche en nuances, étonnamment puissante pour cette jolie brune d’à peine 1 mètre 60.

Chanteuse populaire

Sous l’oranger, son premier album, est sorti l’an passé sous le label Chant du Monde d’Harmonia Mundi. Cette passionnée de l’existence n’ignore pourtant rien des difficultés de la vie d’artiste. Sur scène depuis une vingtaine d’années, Christina Rosmini a largement eu le temps de mener son lot de combats professionnels. Pendant longtemps, elle a produit elle-même ses spectacles. « On n’imagine pas l’immensité du travail technique et administratif qu’il y a derrière chaque concert. C’est tentaculaire  ».

Christina Rosmini n’a pourtant rien d’une chanteuse de second rang. Formée à la danse et à la comédie, elle a trouvé « dans la chanson le moyen de tout faire en même temps, pour réunir en un seul spectacle tout les arts de la scène ». Et la scène, c’est peu dire qu’elle connait. Elle apprend la danse à l’Opéra de Marseille, dans l’école de Roland Petit. Suit la formation de chant du Studio des Variétés à Paris. Dans les années 90, elle se produit au Casino de Paris, comme invitée soliste de Georges Moustaki. Enchaîne sur des comédies musicales, notamment Les Z’années Zazou, de Roger Louret, aux Folies Bergères. Embraie avec le même Louret sur une émission de télévision, Les années Tubes, dont elle assure également les arrangements vocaux. 

A l’orée des années 2000, la chanteuse quitte l’univers de la variété pour se lancer en solo avec son propre répertoire. Elle donne des concerts au Brésil, en Inde, assure en 2002 la première partie de Marianne Faithfull au festival marseillais La Fiesta des Suds. Un an plus tard intervient une rencontre essentielle : à sa demande, le pianiste de Richard Bohringer la met en contact avec Etienne Roda-Gil. Comme les grands-parents maternels de la chanteuse, le parolier d’origine catalane a fuit l’Espagne avec sa famille pour échapper au franquisme. Au-delà de ces origines communes, Christina Rosmini vibre d’admiration pour celui qui « a porté la chanson au rang de véritable art populaire, imprégné de poésie, capable d’amener la culture à ceux qui n’y ont pas accès ». Entre les deux artistes, le courant passe immédiatement. Hélas, l’auteur de Ce n’est rien ou de Si on chantait meurt prématurément le 28 mai 2004, à l’âge de 62 ans, sans avoir eu le temps de lui écrire de chansons. Roda-Gil restera malgré tout pour Rosmini une référence absolue, « un guide », qui insuffle l’esprit qu’elle entend donner à son métier.

Il faut l’entendre interpréter Utile, la chanson que le parolier écrivit en 1992 pour Julien Clerc, pour comprendre l’intensité du lien qui unit la chanteuse au souvenir de l’écrivain. Portés par la ferveur de cette voix féminine, l’émotion et la sincérité de l’interprétation confèrent aux mots de Roda-Gil toute leur plénitude. Le chant comme un art « utile à vivre et à aimer  » accède à la puissance incontestable d’une forme de vérité.

Engagement

Résolue à « chanter jusqu’à [sa] mort », la chanteuse n’a jamais raisonné en termes de carrière, même si elle se félicite d’avoir aujourd’hui le soutien d’une grande maison de disque et d’un producteur. Son engagement est ailleurs, dans son choix inflexible à « forger [son] propre destin », à vivre totalement son métier d’artiste, à créer en permanence les conditions de la rencontre avec le public. On sent aussi chez cette grande amoureuse la volonté d’affirmer la place du féminin dans un monde toujours dominé par les hommes, « où les femmes n’ont pas encore tout à fait le droit de devenir elles-mêmes, d’être créatives, et dont même le désir charnel n’a pas le même poids que celui des hommes ». Aussi des chansons comme Harem ou Tranquille sont-elles de mutines invitations à prendre connaissance de la libido féminine. Et ce n’est-ce probablement pas un hasard si elle ne s’entoure que d’hommes sur scène, tous excellents musiciens. Elle en partage d’ailleurs certains avec une autre croqueuse d’hommes, une chanteuse au passé de mannequin, fraîchement épousée par l’actuel résident de l’Elysée. Certes, Christina Rosmini n’habite pas encore dans un palais. Cela ne l’empêche pas de se produire en concert à la manière d’une « princesse joyeuse ». A l’écouter chanter, l’expression n’est pas usurpée.


Christina Rosmini sera en concert les 30 juin et 1er juillet au Zèbre de Belleville. Son premier album, « Sous l’Oranger », est disponible chez Harmonia Mundi. http://www.myspace.com/christinarosmini

crédit photo : François Landriot


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Le 29 juin 2011

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