Foyer Sainte-Lucie pour jeunes filles élevées par les loups

Après son premier roman Swamplandia !, publié chez Albin Michel en 2012, paraît chez le même éditeur le premier recueil de nouvelles de la jeune auteure américaine Karen Russell. Foyer Sainte-Lucie pour jeunes filles élevées par les loups est une plongée dans dix fantasmagories de notre temps.

Finaliste du Prix Pulitzer en 2012, Karen Russell se dit aussi bien inspirée par Vladimir Nabokov, que par Stephen King ou Lewis Caroll. Entremêlant pseudo-réel et bizarrerie, ses nouvelles nous font plonger dans un univers enchanteur, à mi-chemin entre monde civilisé et monde sauvage. 
 
Karen Russell se dit fascinée par ce franchissement de seuil que représente pour elle la fin de l’enfance. Elle construit des contes modernes, imprégnés de fantastique, où des enfants luttent contre les carcans éducatifs. Un combat qui les conduit à développer leur intuition, dans un voyage à la découverte de l’autre et ponctué d’inoubliables chagrins.
 
Ce faisant, Karen Russell invente une vision enchantée de l’Amérique du Nord. Chaque conte est un univers à part entière, comme ces boules transparentes emplies de petits mondes miniatures, où tombe la neige quand on les retourne.
 
Des contes hybrides
 
Dans l’univers surprenant de Karen Russell, le père d’un enfant parti avec sa famille sur les routes de l’Ouest dans un XIXème siècle réinventé devient un Minotaure. Ailleurs, dans une Alaska rêvée, une communauté humaine déclenche des avalanches grâce aux arias chantées par un chœur d’adolescents. On croise des parcs d’attractions abritant des coquillages géants ; on combat la canicule dans un Palais des Neiges artificielles.
 
Fidèles à l’esprit des contes, les adultes flottent dans des nimbes lointains : aussi désaxés qu’irresponsables, ils demeurent peu disponibles ou absents. Les enfants affrontent seuls la peur, le cauchemar et le deuil, dans une expérience initiatique où leur courage et leur innocence sont mis à l’épreuve. 
 
Ponctués de métaphores scintillantes, d’images poétiques qui font mouche, les récits de Karen Russell reflètent une liberté de ton et un enthousiasme débordant. Deux frères cherchant leur sœur noyée dans les anfractuosités d’une île se demandent : « Et si la personnalité d’Olivia s’était détachée d’elle et évaporée dans le chaotique amas de nuages ? Evaporée, pour retomber avec la pluie, selon un cycle incessant. Olivia se mêlant aux fleuves, ruisselant sur les arbres et les métropoles sales du monde.  » 
 
Ces nouvelles, qui s’achèvent toutes à l’improviste, laissent personnages et situations prendre leur envol dans l’imagination du lecteur. Fragments de riches univers plus vastes, échantillons de son laboratoire de narratrice, ces contes témoignent de l’indéniable talent de Karen Russell. La chaîne HBO ne s’y est d’ailleurs pas trompé, puisqu’elle vient de racheter les droits de Swamplandia !, le premier roman de cette jeune auteure, pour développer une future série.

 

Foyer Sainte-Lucie pour jeunes filles élevées par les loups, de Karen Russell, traduit de l’américain par Valérie Malfoy, Editions Albin Michel, Collection Terres d’Amérique


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Le 26 février 2014

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