Interview : Gaspard LaNuit

Auteur d’une prose subtile, acide et onirique, Gaspard LaNuit est également un créateur d’ambiances et de couleurs multiples. Issue fatale d’une cavale sensuelle ou croisière imaginaire sur une rivière chimérique, il faut absolument tenter la traversée romanesque qu’offre son dernier album, Comme un chien. Rencontre avec Marc Chonier, chanteur et verso diurne de Gaspard LaNuit.


Photos : Hervé Goluza

 
Le Magazine.info : D’où vient le personnage de Gaspard LaNuit ?
 
Marc Chonier : Il y a une dizaine d’années, je réfléchissais à ce que signifiait, pour moi, le fait de faire des concerts et je me suis dit que si je montais sur scène, il me fallait endosser une autre peau et prendre un autre nom. À l’époque, j’écoutais beaucoup Le Gaspard de la Nuit de Ravel et j’ai pensé que c’était le nom qu’il me fallait. C’est amusant parce qu’aujourd’hui, c’est tellement devenu moi, que certaines personnes m’appellent Gaspard, même des amis qui savent très bien que ce n’est pas mon nom.
 
Le Magazine.info : Gaspard LaNuit, est-ce toi ou le groupe ?
 
Marc Chonier : Les deux à la fois. C’est moi parce que c’est le personnage que j’ai créé, l’auteur, compositeur et interprète de mes chansons. C’est aussi l’ensemble de la formation parce que je joue avec les mêmes musiciens depuis six ou sept ans et parce qu’on essaye de fonctionner, au maximum comme un groupe. Par exemple, sur cet album, Fred Pallem (ndlr : guitariste du groupe et créateur de l’incontournable Sacre du Tympan) a assuré la direction artistique et donné une cohérence à l’album. Le Nord (Par Le Nord Ouest), L’auberge ou Kiss Me Deadly on été enregistrés tel que je les avais proposés, mais Le Puit ou La rivière sans retour ont complètement été réarrangés par Fred. Parallèlement, les titres Comme un chien et la voilure ont été composés par Boris (ndlr : Boris Boublil, Claviers). C’est un vrai travail collectif. On est loin de l’idée du chanteur sous la douche de lumière avec les musiciens qui l’accompagnent, cachés dans l’ombre. Sur scène, à une époque, il y avait des longs passages instrumentaux où moi-même je sortais de scène pour laisser place aux musiciens. On est revenu sur ce fonctionnement pour entrer dans des formats plus pops, mais on a décidé, récemment, de repartir dans cette direction.
 
Le Magazine.info : Pourquoi as-tu ressenti le besoin de te créer un personnage ? Qu’est-ce Gaspard LaNuit possède qui fasse défaut à Marc Chonier ?
 
Marc Chonier : Ça n’est pas une histoire de manque mais de transposition. Le moment où j’écris des textes est, pour moi, le summum de la schizophrénie : c’est Marc qui écrit pour Gaspard et Gaspard qui influence Marc. Les textes de Gaspard sont remplis de choses que Marc ne dit pas au quotidien et, parfois, même moi, je ne comprends pas toujours ce qu’il veut dire ! C’est le cas du titre Il était temps, du précédent album. Je l’ai écrit d’une traite, mais lorsque je l’ai relu, je n’ai rien compris ! Il m’a fallu deux années d’interprétation de ce titre sur scène pour finir par en saisir le sens.
 

Photos : Hervé Goluza

 
Le Magazine.info : Tes textes sont d’une grande qualité. Dans quelles conditions les écris-tu ?
 
Marc Chonier : Chez moi, il y a des quantités de papiers, de carnets et de post-it qui traînent. J’écris ce qui me passe par la tête et, en général, tout part d’une phrase. Par exemple, pour Le Nord (Par le Nord-Ouest), qui est le titre original du film La Mort aux Trousses, la phrase et la musique du refrain me sont venues simultanément à l’esprit. Cependant, pour écrire, il faut que je m’isole, que je libère mon esprit. Je ne peux plus écrire quand je suis à Paris, il y a trop de sollicitations. A contrario, la musique me vient beaucoup plus naturellement, n’importe quand, n’importe où. En ce qui concerne mes textes, je suis toujours très heureux d’entendre les compliments que l’on me fait mais, en réalité, l’écriture est un cauchemar pour moi. Je m’attache beaucoup à la qualité des textes, mais je ne suis jamais satisfait. C’est aussi parce que j’ai des modèles inatteignables parmi les grands comme Ferré, parmi mes contemporains comme Jean Fauque ou Boris Bergman (ndlr : Paroliers de Bashung), mais aussi parmi mes proches, comme Wladimir Anselme.
 
Le Magazine.info : Il y a beaucoup de références au cinéma dans cet album ?
 
Marc Chonnier : Et je ne l’ai pas fait exprès ! Sur cet album, je me suis rendu compte à posteriori des nombreuses références au cinéma. Tu as le titre Johnny Depp, mais aussi La rivière sans retour qui reprend le titre du film de Otto Preminger, même si le texte ne raconte pas la même histoire, Le Nord (Par Le Nord-Ouest) pour La Mort aux Trousses et Kiss Me Deadly, un grand classique des polars noirs Américains. Le cinéma a une influence importante sur mon travail, surtout au niveau de la construction de l’image. Je suis capable de revoir le même film vingt fois et c’est une passion que j’entretiens depuis l’enfance. Petit, je harcelais déjà mes parents pour regarder le cinéma de minuit ! L’articulation, le rythme et le montage des images me captivent et c’est quelque chose que l’on retrouve dans mon écriture.
 
Le Magazine.info : Quels sont les influences musicales d’un son aussi éclectique que celui de Gaspard LaNuit ?
 
Marc Chonier : En dehors des grands classiques tels que Neil Young, Elvis Costello ou encore Nick Cave, j’écoute beaucoup de rock anglais tendant, le plus souvent, vers les musiques improvisées. Quand j’étais adolescent, je partageais ma chambre avec ma grande sœur. Elle était du genre à écouter les Pink Floyd en faisant brûler des bâtons d‘encens. J’ai été bercé par cette musique des années 70. Et surtout, il y a deux ans, j’ai eu une révélation ! Je travaillais déjà sur Comme un chien et je me demandais quelle couleur donner à cet album. Un soir, déprimé après m’être engueulé avec ma copine, je suis allé à un concert de The Ex (ndlr : groupe néerlandais de post-punk expérimental). J’étais vraiment mal barré pour en profiter et, pourtant, j’ai pris une claque énorme. J’ai regardé ces mecs qui jouent ensemble depuis 25 ans, qui dégagent un truc hallucinant : je voulais qu’on retrouve cette énergie sur mon album et sur scène. J’ai donc pris cette direction tout en gardant les balades, les spoken words et le son pop de certains titres, ce qui en fait un album assez éclectique. En réalité, pour moi, c’est la chanson qui crée le genre. Tu peux l’arranger de mille manières, il y a vraiment quelque chose qui sort du rythme des mots et de la musique.
 
Le Magazine.info : Sur scène, tu développes une gestuelle très particulière. Est-ce spontané ou étudié ?
 
Marc Chonier  : Spontanément étudiée ! J’ai fait une école de chanson où tu avais également des cours de théâtre, de Clown, d’écriture…, une sorte de FAME à la française. À cette époque, je chantais déjà, mais j’avais vraiment un balai dans le cul. Cette expérience a changé mon rapport à la scène. Il y a eu une époque où mes gestes étaient encore plus exacerbés qu’aujourd’hui. Les gens venaient me voir à la fin des concerts pour me demander si je faisais de la danse contemporaine ! Un jour, j’ai vu une vidéo et je me suis dit que j’allais trop loin, ça faisait un peu trop danse de Saint-Guy ! C’est donc quelque chose dont j’ai conscience, à laquelle j’ai réfléchi, mais dans l’ensemble j’y pense peu. Quand je suis sur scène, je me laisse porter par mes gestes et par la montée d’adrénaline. ça rejoint le pourquoi du Gaspard LaNuit. J’avais besoin d’un personnage pour transcender mes mots et avoir cette énergie sur scène.

Comme un chien de Gaspard LaNuit, chez Trois Heures Moins le Quart, sortie en avril 2009. En concert le 26 juin 2009 à la Dynamo de Banlieues Bleues, Pantin et le 27 juin 2009 aux Trois Baudets, Paris.


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Le 3 septembre 2011

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