Interview : La magie de MO

Sur scène, MO abat ses cartes à mesure que le concert prend forme : une voix envoûtante qui murmure le rêve, un son électro qui flâne au gré de ses humeurs, un sourire enchanteur, une présence saisissante. En habile alchimiste, elle tisse adroitement textes et sonorités pour que le charme opère. Rencontre avec cet être poétique et authentique.


Copyright Hrvoje Goluza

Le Magazine.info : Tu invoques des influences aussi diverses que Bach, les Doors, Gainsbourg ou Aphex Twin. Quel est le chemin qui t’as mené à la musique ?

MO : Je suis née dans la musique. Mon père était manager de Maurane à ses débuts. Mes parents étaient, tous les deux, très mélomanes. J’ai donc été influencée par mon univers quotidien enfantin. J’étais une enfant très timide et la musique était mon jardin secret. Les sons étaient comme un abri sensible face à un monde moins sensible parfois ! Mes influences, je ne les réfléchis pas : j’écoute du Chopin comme du Rachmaninov ou du Gainsbarre… Des artistes qui m’inspirent par le cœur et non pas leur style.

Le Magazine.info : As-tu toujours chanté en français ?

MO : Oui, car c’est ma langue maternelle, ce qui me permet d’exprimer mes idées plus en finesse. J’aime les sonorités étrangères, mais j’ai envie de donner une musicalité, une rondeur au français. Je veux défendre cette belle langue sans pour autant être chauvine. C’est la langue dans laquelle je rêve et je pense que l’on devrait toujours écrire dans la langue dans laquelle on rêve.

Le Magazine.info : Il y a dans tes textes, une poésie et une recherche de la sonorité des mots qui laisse à penser que la phase d’écriture est importante pour toi. Comment s’opère ce processus ?

MO : Tout part d’une mélodie, qui me vient souvent en mouvement, dans un état d’abandon. À partir de cette mélodie, je vais créer le texte. J’essaye de travailler en souplesse, de faire fusionner le son et le sens et, surtout, de ne pas tout dire. J’ai des influences comme Dominique A ou Bashung. Des artistes qui pensent au son et pas seulement au sens. Mon objectif est de pouvoir chanter devant des étrangers qui ne comprennent pas ma langue et qu’ils soient, malgré tout, touchés. Mon idéal est de faire en sorte que quelqu’un qui ne comprenne pas la chanson de manière cérébrale puisse la saisir dans son corps et dans son cœur.

Le Magazine.info : Sur scène, tu t’appliques à mettre en œuvre une ambiance onirique. Serais-tu attirée par la magie ou le chamanisme ?

MO : C’est délicat comme question car, en France, dès que tu ressens certaines ondes et certaines choses qui échappent aux mots et au pragmatisme, on te qualifie de mystique et je ne me considère pas comme tel. C’est vrai qu’au quotidien, j’ai un rapport certain à un monde invisible. La télépathie, par exemple, est quelque chose qui arrive constamment. Comment expliquer que tu as une chanson dans la tête et que ton amie en face de toi se mette à la chanter ? Quand je suis dans la nature, il est évident que je ressens certaines puissances qui, d’ailleurs, m’inspirent. J’ai déjà rencontré un chaman, mais je ne pratique pas l’ésotérisme. Je trouve dommage que l’Occident soit aussi fermé aux mondes spirituels. Je nourris une forme de spiritualité au quotidien qui consiste simplement à sentir ce qui est autour de moi et à écouter mon instinct.

Le Magazine.info : Dans tes textes, on retrouve de nombreuses occurrences du thème de la nature qui semble être une de tes sources d’inspiration privilégiée. Où aimes-tu t’isoler pour créer ?

MO : Je suis née sur une île. J’ai grandi en Corse avec les montagnes, la mer, à chaque kilomètre un paysage différent, à chaque coucher de soleil une lumière différente et des puissances telluriques qui nous dépassent. Je me sens bien sur les îles. En Corse, bien évidemment mais aussi sur une petite île de pécheur en face de Naples, Procida, que j’ai découvert il y a peu. J’ai un besoin vital de retrouver les endroits imprégnés de l’odeur du maquis de mon enfance. À Paris, je deviens vite comme une lionne en cage. Je suis consciente de la violence de la nature et j’ai besoin de me sentir toute petite face à elle. Ça me remet les idées en place et me permet de prendre conscience de l’universel, de l’infini.

Le Magazine.info : Sur scène, tu offres au public une prestation travaillée et aboutie mais, malgré tout, j’ai eu le sentiment que tu ressentais une légère appréhension. Est-ce que la scène est une épreuve pour toi ?

MO : C’est de pire en pire ! J’ai un trac monstrueux. C’est une bête assez rebelle et le problème c’est qu’en grandissant, elle grandit avec moi. J’espère arriver à m’apaiser, à maîtriser ce côté écorchée. J’ai déjà fait des progrès. À une époque, je souffrais d’insomnies durant les deux mois précédents le concert et je vomissais systématiquement avant de monter sur scène ! En réalité, c’est très contradictoire car plus mon plaisir grandit sur scène, plus mon trac augmente. Barbara disait « c’est comme une fête qu’on ne voudrait pas rater ». Parfois, tu deviens l’hôte insupportable qui répète un million de fois à ses invités « Vous êtes bien installé ? Vous n’avez besoin de rien ? ». Quand je monte sur scène, c’est une histoire de vie ou de mort. Ça peut sembler très mélodramatique, mais ça ne l’est pas. Je ne fais pas de la scène pour pousser la chansonnette, je tisse mon verbe avec mes tripes sans aucune protection. Il faut donc que j’accepte d’en payer le prix. Lorsque tu prends du temps à des gens, tu as juste envie d’être à la hauteur de leurs rêves.

Le Magazine.info : La MO que j’ai vue sur scène passe de moues enfantines à la sagesse des vieilles femmes. Dans la vie de tous les jours, possèdes-tu autant de facettes ?

MO : On est toutes, à la fois, grand-mère et petite fille abandonnée par sa maman ! Je pense qu’on a tous les âges. J’ai grandi avec des personnes âgées dans une maison de retraite. Je me suis rendue compte qu’une grand-mère de 85 ans est également une jeune fille de 20 ans amoureuse du chanteur du bal perdu ! J’aime beaucoup l’expression de Camille « la jeune fille aux cheveux blancs ». Je me regarde un matin dans la glace et je suis étonnée de ma propre jeunesse tandis que le lendemain je suis surprise d’avoir tellement vieilli. C’est un éternel mouvement, on est jamais la même personne selon l’heure du jour ou de la nuit.

Le Magazine.info : Si dans tous ce que tu possèdes, tu ne devais conserver que trois objets, lesquels seraient-ils ?

MO : Le premier serait mon Kalimba, mon piano à pouce. C’est un objet que je trimbale partout. J’en joue en marchant dans les rues de Paris, dans la forêt. Il est tout léger et tiens dans mon sac. C’est mon compagnon de route.

Le suivant serait mon micro car j’entretiens un rapport très intime avec lui. C’est celui à qui je raconte mes secrets, celui qui découvre mes nouvelles chansons… C’est un confident qui capte mes moindres souffles, qui ne triche jamais avec moi.

Enfin, le dernier objet serait un petit hippocampe tout desséché, mon porte-bonheur. C’est également le symbole de l’hermaphrodite. On parlait, tout à l’heure, des âges, mais je pense aussi que l’on a tous les sexes. Je me sens à la fois très masculine et très féminine, ça dépend des heures.

Le Magazine.info : Pour conclure, as-tu des projets, des envies pour l’avenir ?

MO : Es-tu libre pour les trois prochaines heures ?! (rire). Ma soif la plus forte est de trouver un tourneur et un éditeur en vue de faire un premier album. J’aimerais aussi jouer à l’étranger : au Japon, en Allemagne et, soyons fous, dans les pays du nord comme la Suède. C’est un fantasme absolu. J’ai soif d’autres cultures, d’autres publics. Finalement, mon rêve, il se résume en une phrase « j’aimerais vivre de ma musique, ne faire que ça tout le temps et chanter tous les soirs ».

 


Pour découvrir MO : http://www.myspace.com/moismo.

En concert à Paris, le 13 novembre 2009 à la Bellevilloise et le 19 novembre 2009 au Sunset.


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Le 4 octobre 2011

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