Jean Miot analyse la presse française

A l’occasion de la sortie de son livre « La passion de la presse », l’ancien directeur du Figaro et président de l’AFP revient sur la crise traversée par la presse française. Interview sur fond de bilan des récents Etats généraux de la presse écrite.

Lemagazine.info : Pour quelles raisons avez-vous eu envie d’écrire ce livre ?

Jean Miot : J’ai eu l’idée de l’écrire le 20 novembre 2007. Ce jour-là est une date historique. Les quotidiens n’ont pu paraître à Paris pour cause de grève du Syndicat du livre CGT, opposée la modernisation des NMPP, qui assure la distribution de la presse nationale quotidienne. En écoutant les revues de presse à la radio le matin, je m’attendais à ce que mes confrères s’excusent de la situation. Mais pour la première fois, les revues de presse ont été assurées grâce aux éditions numériques. Le journal en ligne avait remplacé le journal papier. Je me suis alors demandé si, dans 10 ans, nous aurions toujours notre journal papier. C’est cette interrogation qui a lancé l’écriture de mon ouvrage. Je n’ai pas voulu raconter l’histoire de la presse comme un manuel. Mon intention était avant tout de relater des anecdotes et de mettre en valeur des personnes qui ont construit cette histoire. Peu de temps après le début de mon travail en février 2008, Nicolas Sarkozy a annoncé l’organisation des Etats Généraux de la presse écrite. Cet événement m’a forcé à écrire mon livre à l’envers. Les premiers chapitres traitent de la situation actuelle et représente en quelque sorte ma contribution à ces Etats Généraux.
Lemagazine.info : Quel regard portez-vous sur la crise de la presse française aujourd’hui ?
Jean Miot : Je considère qu’il y a quatre responsables. Les premiers sont les patrons de presse qui ont progressivement accordé plus d’importance aux annonceurs qu’à leurs lecteurs. Ils n’ont pas su s’adapter aux nouvelles attentes du lectorat. Le format des quotidiens payants ne correspond plus au mode de consommation actuels. Les lecteurs feuillettent par exemple leur journal dans les transports en commun où il n’est pas pratique de déplier un grand quotidien. Seuls les gratuits ont adopté un format plus pratique. Les journalistes n’ont pas su non plus répondre aux attentes des lecteurs, qui veulent un contenu plus clair mais aussi plus engagé. Je suis affligé par la dictature du « parlé correct » d’aujourd’hui. On n’ose plus écrire 1/100e de ce que l’on écrivait à l’époque de l‘âge d’or, à la fin du XIXe et début du XXe siècle.
Ensuite, le syndicat du livre de la presse parisienne freine la modernisation de notre système. Il impose des tarifs élevés aux imprimeries pour éviter la concurrence entre elles mais pénalise du même coup les entreprises de presse.
Le quatrième et dernier responsable est simplement l’Histoire. Nous vivons actuellement une crise managériale héritée de la libération. Au lendemain de la guerre, d’anciens résistants prennent la direction des journaux. Ils appliquent leurs idéaux axés sur la liberté et l’indépendance de la presse en réponse à la censure et la clandestinité subies durant l’occupation. Mais ils ont oublié qu’un journal est aussi une industrie qui nécessite des fonds financiers pour trouver son équilibre.
Lemagazine.info : Pourquoi considérez-vous que le web constitue une chance pour la presse écrite de sortir de cette crise ?
Jean Miot : Le web constitue une opportunité à saisir. Lira-t-on toujours des journaux papiers dans 10 ans ? Je pense que oui. Pour cela, il faut que les éditeurs de presse développent la complémentarité de leurs éditions papier et numérique. En visitant le site web du Figaro en fin de journée, j’ai une idée de ce qu’il y aura dans l’édition papier du lendemain. Est-il intéressant pour autant d’acheter le journal ? Oui ! Le site web me propose l’info immédiate mais le journal m’offre des analyses, des éditos et toutes sortes de commentaires que je ne trouve pas ailleurs. En nous lançant sur cette voie, je suis convaincu que l’écran sauvera l’écrit.
Lemagazine.info : Le statut d’éditeur de presse en ligne constitue l’une des propositions des Etats Généraux de la presse écrite. Quelles sont ses principales caractéristiques ?
Jean Miot : Ce nouveau statut se traduira notamment par des soulagements fiscaux. Il permettra au site web d’être dispensé de taxe professionnelle. Surtout, la TVA sera réduite à 2,10%. Mais ce point est encore en cours de négociation car il dépend de l’Europe. En effet, pour réduire le taux de TVA d’un produit précis, comme ici les sites web d’information, il faut l’accord de l’Europe. Quoi qu’il en soit, ce statut est incontestablement très positif. La presse en ligne sera enfin considérée comme de la presse.
Lemagazine.info : Outre ce statut, quel bilan tirez-vous de ces Etats Généraux ?
Jean Miot : Je pense que c’était une bonne initiative de la part de Nicolas Sarkozy d’organiser ces Etats Généraux de la presse écrite. La presse française est incapable de prendre des décisions. Il est donc du devoir de l’Etat de réagir et d’intervenir face à cette crise qui menace sérieusement la presse française et, par conséquence, la démocratie. En particulier, trois mesures immédiates très pertinentes ont retenues mon attention. Tout d’abord, les marchands de journaux seront soulagés de 40 % de leur charge. Ensuite, un moratoire d’un an a été décidé au sujet de l’accord entre la presse et la Poste pour les tarifs postaux qui doivent augmenter de 25% en 3 ans. Enfin, de grandes campagnes de publicité institutionnelles vont être lancées, prioritairement dans la presse écrite. La presse a maintenant quelques mois pour se redresser et bénéficier de cette aide.
Propos recueillis

« La passion de la presse », Jean Miot. Editions du Rocher. 19,90€


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Le 21 mars 2009

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