Kyushu entretient ses traditions millénaires

Kyushu, la plus méridionale des quatre îles principales qui composent l’archipel japonais, voue un culte particulier aux bains dans les sources d’eau chaude (« onsen »), à l’art de la porcelaine ou aux courses de chars décoratifs d’une tonne lors de la fête de la Hakata. On se laisse porter. 
 

Le Shinkansen, le TGV japonais au profil très design © YH

Le Shinkansen, le TGV japonais au profil très design et aux sièges tournants, effectue le trajet d’Osaka à Fukuoka. Pour achever le dépaysement, nous gagnons ensuite la petite île d’Iki, à une heure de bateau. Les autochtones sont fidèles à « l’omotenashi », la réputation d’hospitalité : le comité d’accueil local déploie même une banderole pour nous souhaiter la bienvenue. La terre étant fertile, les rizières verdoyantes se sont emparées du paysage. Quelques serres d’asperges et des troupeaux de bovins apportent une variété de couleurs et un indéniable plus gastronomique. Le fameux bœuf de Kobé est en effet élevé sur l’île de Kyushu et notamment à Iki jusqu’à huit ou dix mois avant de rejoindre son terroir d’appellation. Du coup, le barbecue du midi se transforme en festin où l’on apprécie la tendreté et la saveur des grillades. 
    
Retour aux sources
 
En guise de sieste, détour bienvenu par les sources d’eau chaude. Notre auberge a le bon goût d’être attenante à des bains d’eaux thermales. Entre pierres, plantes vertes et fleurs, on sacrifie volontiers à l’immersion relaxante en saluant les bienfaits de la géothermie. Les Japonais peuvent à loisir s’adonner à leur passe-temps favori : on recense plus de 2500 sources d’eaux chaudes au pays du Soleil Levant. «  La tradition reste vivace", nous assure Yumi, notre guide. Tout comme dans un autre registre, l’engouement pour les spectacles de « kagura », danses théâtrales costumées, rite qui se perpétue lui aussi à travers les siècles. 
 
Dans le port d’Ashibe, des bateaux équipés de lanternes sont sagement rangés le long des quais. Ils reviennent d’une session de pêche aux calamars selon la technique du lamparo, encore très usitée ici. Sur une plage avoisinante, nous rencontrons Kana Okawa, jeune plongeuse de 30 ans, revêtue de son masque et de sa combinaison. Une disciple des pêcheuses de perles ? « Non, sourit-elle. Ma passion c’est la pêche aux ormeaux et aux oursins. Je descends sans matériel jusqu’à 15/20 mètres durant environ 3 minutes. » Kana Okawa est la plus jeune du groupe de femmes : « Notre doyenne a 80 ans », précise-t-elle. Elle sacrifie à une autre tradition en déposant une offrande aux bouddhas protecteurs alignés sur la jetée qui apaisent en particulier les âmes des plongeurs décédés. « Mais pourquoi a-t-elle choisi cette activité tout de même risquée ?  ». « Auparavant, j’étais employée de bureau, réplique-t-elle, mais je m’ennuyais  ». Nous ne résistons pas au plaisir d’une dégustation du produit de sa pêche, de délicieux œufs d’oursins posés sur un lit de riz. 
 
Kana Okawa, plongeuse sur l’île d’Iki, spécialiste de la pêche aux oursins et aux ormeaux © YH
 
Samouraïs, potiers et sommeliers du thé
 
Le bateau nous laisse à Karatsu, près de Fukuoka, d’où nous gagnons Ureshino. La ville est réputée pour son thé, objet de soins attentionnés. On ventile même l’air qui entoure les plantations afin de dissiper le brouillard. Les cérémonies du thé sont à l’avenant, minutieuses, voire empreintes d’un certain maniérisme : eau frémissante à la température contrôlée au degré près, transvasements successifs, dégustation de quelques gouttes dans une soucoupe. Pas un hasard si l’on parle de sommeliers du thé.
 
La ville voisine d’Arita s’est affirmée, elle, comme la capitale de la porcelaine. Là encore, la tradition vient de loin. La ville a été fondée en 1616 et les premières carrières de kaolin exploitées peu après. Signe du prestige des potiers, ils disposaient d’un statut social comparable à celui des samouraïs. Un musée retrace l’épopée de la céramique à travers les âges. Vases, assiettes et plats s’inspirent du style Imari qui mêle harmonieusement le bleu cobalt et le rouge sur fond blanc. Non loin, le village d’Okawachiyama mérite une visite. Outre ses nombreuses galeries de faïences, le tablier de son pont est rehaussé de céramique, exemple unique au Japon. Tout autour d’Arita de jeunes potiers, tel Akio Momota, ont bâti leurs ateliers et renouvellent le métier grâce à des créations au style résolument contemporain. « Mais je m’inscris dans une lignée, témoigne-t-il. L’un de mes ancêtres était potier vers 1860, à la fin de l’époque Edo et l’une de ses œuvres a été présentée à l’Exposition universelle de 1900. »
 

Bain dans un onsen, source d’eau chaude, une tradition qui fait partie du mode de vie japonais © YH

   
Tagada, tagada, c’est la Hakata !
 
On imagine la cité industrielle de Fukuoka résolument tournée vers l’avenir. Forte de 1,5 million d’habitants, elle constitue la plus grande ville de l’île de Kyushu. Sa tour, haute de 234 mètres, fichée en bord de mer, semble scruter l’horizon et défier les menaces. « Elle a été conçue pour résister à des séismes de magnitude 7 », nous renseigne-t-on. Les habitants semblent aussi compter sur les faveurs du destin. Le 9 août 1945, ils auraient dû être la cible de la seconde bombe atomique larguée après celle de Hiroshima. Mais le temps couvert incita le pilote du bombardier américain à se détourner vers Nagasaki… Reste une perceptible joie de vivre qui se manifeste aux étals des gargotes et autres restaurants de rue qui envahissent les trottoirs jusqu’au pied des modernes édifices de bureau. 
 
Début juillet, les habitants de Fukuoka vivent à l’heure de la fête de la Hakata. Pour honorer cette tradition culturelle qui remonte au XIIIe siècle, les sept quartiers de la ville composent des chars imposants représentant des figures emblématiques : un shogun, des divinités des montagnes, des personnages du théâtre kabuki, etc. Détail qui a son importance, chaque char pèse la bagatelle d’une tonne et il s’agit de lui faire parcourir les rues en courant ! Autant dire qu’une trentaine d’hommes sont à chaque fois mobilisés pour l’éprouvante parade. Surprise, les participants comme les accompagnants revêtent pour l’occasion le « fundoshi », sous-vêtement traditionnel en forme de demi-pagne, qui permet aux hommes d’exhiber leur fessier. La fête démarrant à 5 h du matin, on croise avant l’aube, des promeneurs décontractés en tenue légère que l’on a pu voir la veille en costume trois pièces. Si l’on ose dire, les deux faces de ce Japon, qui n’a pas fini de nous étonner.
 

 


Pratique

° Y aller. Soit, un vol Paris-Osaka (par Air-France notamment) de 11 heures, puis le Shinkansen jusqu’à Fukuoka ; soit, un vol Paris-Fukuoka en passant par Amsterdam.
° Quand ? Les meilleures périodes sont le printemps (époque des cerisiers en fleurs) et l’automne. Saison des pluies (intermittentes) entre la mi-juin et la mi-juillet.
° Décalage horaire : + 7 heures en été. Lorsqu’il est 13 h à Paris, il est 20 h à Tokyo ou Fukuoka.
° Formalités. Passeport en cours de validité. Aucun visa n’est nécessaire pour des séjours inférieurs à trois mois.
° Renseignements. JTB, 29 rue du Louvre, 75002, Paris. Tél : 01 53 45 93 30
www.specialistejapon.fr et www.welcome-fukuoka.or.jp
° Y séjourner. Sur l’île d’Iki, l’auberge Hirayama, dotée d’un onsen.
Tél : 0920 - 43- 0016. E mail : yoyaku@iki.co.jp
À Fukuoka, l’hôtel Grand Hyatt, bien situé. www.fukuoka.grand.hyatt.com
° À voir. La fête de la Hakata à Fukuoka durant la première quinzaine de juillet.
° Guides. Petit Futé Japon (19,95 €), guide Voir – Hachette (23,95 €) et guide Gallimard (Bibliothèque du voyageur, richement illustré (29,50 €).


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Le 3 avril 2016

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