L’Andalousie flamenca

Comme le flamenco, issu des influences métissées des musiques gitanes et arabes ou encore des chants grégoriens, l’Andalousie, terre hybride, donne à voir la richesse de multiples cultures. Séjour-découverte à l’occasion d’une navigation sur le Guadalquivir et de quelques excursions, de Séville à Cadix en passant par Gibraltar et Cordoue. 
 

Flamenco et danse équestre sont aussi à l’honneur à la cave Gonzalez-Byass de Jerez - YH

Un parfum de fleur d’oranger : ce plaisir persistant vous accompagne tout le long de la visite de la ville de Séville. Il embaume les alentours de l’imposante place d’Espagne, ceinte de fresques d’azulejos représentant les différentes provinces espagnoles et parcourue d’un canal qu’enjambent des ponts élégants rehaussés de céramique. Quelques claquements de castagnettes plus loin, nous nous égarons dans les ruelles du quartier Santa Cruz. L’une d’elles est si étroite qu’on l’a surnommée, la calle de los besos (la rue des baisers), car d’une maison à l’autre on pouvait (presque) embrasser sa voisine. Nous débouchons bientôt sur le monument symbole de la capitale de l’Andalousie, la Giralda (la Girouette). « C’est notre tour Eiffel à nous », répètent à l’envi les Sévillans. Mais au fait pourquoi ce nom ? Tout simplement car au XVIe siècle, les autorités religieuses ont ajouté à l’ancien minaret de la Grande mosquée almohade, reconvertie en cathédrale, un campanile surmonté d’une girouette ! 
 
Cultures superposées
 
Un avant-goût de ce qui fait le charme de ce séjour : déceler, de l’architecture à la musique ou à la gastronomie, les traces prégnantes de l’Espagne musulmane. Même si les huit siècles d’occupation arabe et berbère ne datent pas d’hier (711-1492), la reconquête par les rois catholiques n’a pas effacé le riche héritage artistique. Ici, les cultures semblent rivaliser en se superposant plus qu’en se détruisant. Ainsi, à deux pas, sur les murs de l’Alcazar, le palais royal fortifié, on remarque des coquilles de Saint-Jacques, emblèmes de la chrétienté, qui surmontent les arabesques et les frises de marbre. 

À l’entrée de la gigantesque cathédrale, sous une fresque de Saint-Christophe, patron des voyageurs, trône le tombeau de Christophe Colomb. Jumelage fort à propos, car les restes du marin-explorateur ont, comme lui, beaucoup navigué, de Cuba à Saint-Domingue et de Valladolid à Séville… Non loin, se dresse une autre cathédrale, celle de la tauromachie, les Arènes, ainsi qu’une statue à la gloire de Curro Romero, célèbre matador auquel les Sévillans rendent un véritable culte. 
 

La Giralda de Séville symbole du style architectural hispano-musulman - YH

Retour à notre bateau-hôtel, « la belle de Cadix ». Il glisse sur le Guadalquivir, nom dérivé de l’appellation arabe Oued-el-Kabir (le grand fleuve, la grande vallée), long de 657 km et véritable artère irriguant la province. Nous rejoignons l’embouchure dans le golfe de Cadix et pour que le périple mérite le titre de croisière fluvio-maritime nous poussons jusqu’à El Puerto Santa Maria. 

Incursion sur la terre ferme parsemée d’oliviers et de chênes lièges. Au-delà du village de Medina Sidonia, nous pénétrons dans la finca de Don Alvaro Domec. On y élève des taureaux de corridas, mais aussi des chevaux hispano-anglo-arabes (encore le métissage) qui font bientôt irruption au galop dans le corral, le temps d’un spectacle équestre de haute tenue. 

La chaleur ambiante nous donnant la pépie, un détour par la cave de jerez Gonzalez-Byass est la bienvenue. Outre la dégustation de verres de fino, la cave où sont entreposées quatre mille barriques mérite le détour. Baignée par les douces vapeurs de la part des anges, la déambulation est agrémentée par les dédicaces portées sur les tonneaux de quelques sommités qui son passées en ces lieux, de Picasso à Mario Vargas Llosa. « Ici, j’ai bu le sang des rois » a écrit Cocteau en 1953. Aperçu de flamenco et de danse équestre donné dans une dépendance de la cave, mais un spectacle plus authentique de flamenco dans sa version alegria, typique de Cadix, sera donné le soir dans un bar de la ville.

Plaisante balade dans la charmante ville de Cadix, encore appelée à juste titre « la petite Havane ». Son bord de mer hérissé de bâtiments coloniaux de couleur ocre rappelle par moments le Malecon de la capitale cubaine, mais les ficus centenaires ou les essences tropicales du jardin botanique, Parque Genoves, offrent une indéniable singularité. Le vieux centre-ville n’échappe pas à la crise qui frappe le pays : les panonceaux Se vende (à vendre) fleurissent, tandis qu’une habitante brade sous nos yeux le prix de location de son appartement. 

Le lendemain, excursion jusqu’au rocher mythique de Gibraltar. Dépaysement assuré, cette enclave anglaise (depuis 1713) s’affiche résolument british. Non seulement l’Union Jack voisine aux fenêtres avec le drapeau de Gibraltar, mais dans Main Street, l’avenue principale, dédiée au shopping, à la manière d’Andorre, les cafés Fish and chips foisonnent. Ce n’est qu’en admirant les eaux du détroit à l’extrémité sud du Rocher qu’une autre influence, plus inattendue, se fait sentir. Une grande mosquée surplombe les flots, financée par l’Arabie saoudite et destinée, dit-on, aux travailleurs marocains de Gibraltar. Un symbole fort, comme si les adeptes arabes d’Al Andalus, l’Espagne musulmane d’antan, se rappelaient au bon souvenir des Ibériques. 

Hymnes à la tolérance religieuse

Sur le chemin du retour, arrêt dans l’un des villages blancs typiques de la région, Vejer de la Frontera. On grimpe avec plaisir au gré de ruelles tortueuses et de façades blanchies à la chaux qui dissimulent d’élégants patios. Sur une terrasse offrant un beau panorama se dresse une statue de « cobijada », femme vêtue d’habits noirs. Cette manière d’hommage aux coutumes musulmanes d’hier compose une étonnante symphonie en noir et blanc. 
 

Statue de cobijada, femme vêtue d’habits noirs, survivance de coutumes musulmanes à Vejer de la frontera - YH
 
Le dernier jour est consacré à Cordoue. Sur la route, chaudes salutations à Ecija, ville-fournaise où les températures estivales avoisinent les 45°. Là, on remarque surtout la prolifération de champs de panneaux solaires : l’Espagne s’est visiblement engagé en faveur des énergies renouvelables. 
 
Cordoue, elle, n’a pas retrouvé sa prospérité de l’époque médiévale. Mais la ville mérite le détour, ne serait-ce que pour une promenade dans le pittoresque quartier juif et une visite à l’incontournable Mezquita : exemple unique d’une cathédrale construite à l’intérieur d’une mosquée fortifiée. L’enchevêtrement des lieux de culte est même complet lorsqu’on apprend que la mosquée fut elle même construite sur les vestiges d’une église wisigothe. Malgré cet empilement, une belle lumière tamisée éclaire les 856 colonnes en marbre soutenant des arches rouges et blanches, qui composent un ensemble harmonieux. Certes, dans cet espace majestueux, le chœur chrétien de la mosquée-cathédrale au milieu de la salle de prières a des allures de pièce rapportée. On préfère l’oublier - tout comme la redoutable période de l’Inquisition - et retenir l’ode à la tolérance religieuse inscrite sur le portail du mihrab (niche indiquant la direction de La Mecque) de la Mezquita : « Croyant, quelle que soit ta foi, laisse grandir en toi cette gerbe de splendeur et de feu ». Une invitation bien à l’image de l’hospitalité andalouse.
 

Des ponts décorés de céramique enjambent les canaux de la place d’Espagne, à Séville - YH

 


Pratique

° Y aller. Avec CroisiEurope. Vol A/R Paris-Séville sur Europe Airpost, puis transfert sur le bateau « La Belle de Cadix », joli navire de 103 mètres de long accueillant 180 passagers en plus des 34 membres d’équipage.
www.croisieurope.com Tél (au siège de Strasbourg) : 03 88 76 44 44

° Y séjourner. Durant tout le séjour, outre la navigation sur le Guadalquivir, « La Belle de Cadix » tient lieu de bateau-hôtel confortable et de point de départ des excursions en car.

° Y déjeuner. Un restaurant typique pour goûter la cuisine cordouane : Almudaina, plaza de los martires www.restaurantealmudaina.com

° Pour les amateurs de golf, possibilité de coupler la découverte de l’Andalousie et des parcours sur les greens à l’Hato Verde de Séville ou au Sancti Petri de Cadix www.croisieurope.com/fr/croisieres-golf-rub509.html

° Guides. Le Géoguide Andalousie, bien conçu et très complet (Gallimard, 564 pages, 14,50 €) et le Lonely planet Andalousie (400 p., 18,50 €).


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Le 27 novembre 2013

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