Michel Fau présente un étonnant objet théâtral, à la croisée du tour de chant, de la revue burlesque et du numéro de cabaret. Une irrésistible performance d’un grand maître de la scène.

crédit photo : Brigitte Enguerand
Michou n’a qu’à bien se tenir, Michel Fau se lance dans le music-hall ! Ce grand comédien de théâtre, également metteur en scène de quelques opéras classiques, revendique son attirance pour le kitsch et les clichés, et assume avec flamboyance son penchant pour le travestissement. Il y a quelques années déjà, il composait une inoubliable Tante Geneviève, bourgeoise volubile en tailleur rose bonbon, dans Les Illusions Comiques, d’Olivier Py.
Numéro d’équilibriste
Avec son impardonnable revue pathétique et dégradante, Fau s’en donne à présent à cœur joie. Dire qu’il explore avec délice le versant féminin de sa personnalité serait un euphémisme. Pendant 1 heure 10 de pure extravagance, il déambule sur scène en Castafiore d’opérette, avec un art consommé des effets de manche et de la glissade contrôlée. En permanence sur le fil du rasoir, il ne franchit jamais la frontière du ridicule. Toute la réussite de ce spectacle réside dans cet infime espace situé entre la fantaisie et le grotesque que Fau investit avec toute l’étendue de son talent. Il se livre à un véritable numéro d’équilibriste, oscillant constamment entre la bouffonnerie et le joyeux massacre des chansons qui composent son tour de chant. Avec Fau, des airs comme Quelqu’un m’a dit de Carla Bruni ou Je t’aime de Lara Fabian, prennent un air radicalement détonnant.
Au-delà de son caractère saugrenu, cette revue dégradante, ainsi que Fau a choisi de la qualifier, reste un hommage aux spectacles de cabaret. Le comédien est accompagné sur scène de Joël Lancelot et Delphine Beaulieu, deux danseurs on-ne-peut-plus sexy. Le premier présente au public un superbe torse d’ébène, tandis que la seconde se livre à un ravissant numéro de strip-tease, sur une version japonaise de La vie en rose. L’espace d’un instant, nous sommes au Crasy Horse ou au Moulin Rouge. Puis l’instant suivant, Fau s’en mêle, refait son numéro, et le strip-tease prend un tour plus pathétique, mais tellement plus amusant. Tous trois évoluent dans un décor composé d’un simple escalier et d’un mur d’ampoules. Il n’en fallait pas plus à Emmanuel Daumas, qui signe la mise en scène, pour recréer l’atmosphère de music-hall qui sied à une revue de cet acabit.
Fau finit le spectacle les fesses à l’air, à quelques centimètres seulement des premiers rangs. Une distance qui permet, en plus de prendre connaissance de son anatomie, de mesurer l’intensité de sa concentration. En y prêtant attention, on perçoit dans le regard du comédien une gravité inattendue pour un spectacle aussi facétieux. Dans sa note d’intention, Fau indique partager l’opinion de Genet, selon laquelle nous sommes « en permanence en représentation, qu’on a des masques, des costumes, etc… ». Or ce spectacle « parle aussi de Dieu. On parle de déshabillage, de mise à nu ». Sous ce nouvel éclairage, l’exubérance cèderait-elle la place à une pudeur insoupçonnée ? Monsieur Fau, serait-ce là l’explication à ce besoin de dénigrement qui caractérise votre excellente revue ?




