Le Lot insolite

Les perles médiévales du Lot - Cahors, Saint-Cirq-Lapopie, Cajarc ou Figeac - ou ses sites remarquables comme Rocamadour et le gouffre de Padirac méritent le détour. Mais chaque étape révèle aussi des curiosités insoupçonnées ou des vues surprenantes. Découverte d’un Lot méconnu. 


À Saint-Cirq Lapopie, l’église semble flotter sur la vallée du Lot, baignée par la brume © YH
 

Les Cadurciens - oui, c’est bien le nom des habitants de Cahors – sont fiers à juste titre du patrimoine architectural de leur ville. Magali nous emmène le long du boulevard Gambetta, personnalité républicaine native des lieux, qui sépare la ville médiévale de sa partie moderne. Puis, nous filons vers le monument emblématique de Cahors, le pont Valentré. Sa première pierre fut posée en 1308 mais sa construction prit plus d’un demi-siècle. Ses fameuses trois tours fortifiées qui l’ont fait passer à la postérité répondaient moins à un besoin de défense militaire qu’à une volonté ostentatoire. «  Son édification, raconte Magali, fut décidée par les consuls, marchands et notables de l’époque, qui voulaient impressionner les puissants membres du clergé local. » L’évêché a répliqué à sa manière : « Il a composé un blason d’un pont à cinq tours, qui n’a jamais existé ! » 

Les rivaux d’antan se sont réconciliés autour d’un verre du vin local à la robe noire. Issu du cépage Malbec, il a séduit hier François 1er avant le tsar Pierre le Grand qui le fit adopter comme vin de messe par l’église orthodoxe, puis les Argentins qui l’ont planté avec succès dans la région de Mendoza. Très tannique, flirtant avec les 14°, le vin de Cahors, qui a décroché son AOC en 1971, n’a pas renoncé à devenir prophète en son pays.       

Les trésors de la vallée

En flânant le long de la vallée du Lot, le regard est bientôt accroché par une arête rocheuse fortifiée tirée du Moyen Âge, Saint-Cirq-Lapopie. Ce village était apparu à André Breton « comme une rose impossible dans la nuit  ». Sous le charme, il y passa les quinze derniers étés de sa vie. Pour notre part, nous découvrons le joyau au petit matin. Autre vision surréaliste : l’imposante église bâtie au XVIe siècle émerge doucement de la brume qui flotte au-dessus de la rivière et enveloppe le paysage environnant. Peu à peu, l’horizon s ‘éclaircit révélant en une rude harmonie les façades des maisons de pierre et les fenêtres à meneaux encadrées de lierre, de roses trémières ou de glycines. On comprend alors l’engouement qui pousse chaque année 400 000 visiteurs à arpenter les ruelles pentues du petit bourg. 


Corbeille de fleurs de safran récoltées à Calvignac © YH

La remontée de la vallée du Lot offre d’autres surprises. Du côté de Calvignac, d’étonnantes fleurs mauve piquètent les champs. « Ce sont des crocus à safran  », renseigne Didier Burg, l’un des animateurs de l’association des safraniers du Quercy. Il ne s’agit rien moins que de l’épice la plus chère au monde : 27 000 € le kilo. Pour quelles raisons ? « Une courte période de floraison entre fin septembre et mi-novembre et un long et minutieux travail d’émondage afin de dissocier à la main les stigmates carmins, conservés, des étamines et pétales, rejetés. Au total, quelque 150 fleurs sont nécessaires pour obtenir un gramme de safran. » Ce véritable « or rouge » ne sert pas seulement à colorer la robe des moines bouddhistes, son arôme l’impose de plus en plus comme un ingrédient gastronomique : des soupes – comme un velours de potiron au safran – aux desserts où il relève la saveur des macarons, en passant par la paëlla. 

La renaissance actuelle du safran est célébrée comme il se doit dans la ville voisine de Cajarc, à l’occasion d’une fête annuelle, fin octobre. Le safran rejoint alors au panthéon des célébrités locales un certain Papy Mougeot, le plus fameux retraité du coin, celui qui, grâce à Coluche, faisait avancer le schmilblick… On en oublierait presque deux autres natifs des lieux, Georges Pompidou et Françoise Sagan.    

La pierre de Rosette et la rosette de pierre

Déambuler à Figeac permet d’apprécier les demeures médiévales typiques surmontées d’un grenier ouvert, le solelho, qui servait hier au stockage et au séchage des denrées (haricots, noix,...). La cité vit, elle aussi, sous l’emprise d’un grand homme, Jean-François Champollion. Sa maison natale a été transformée en Maison des Écritures. Hommage mérité à celui qui en 1822 déchiffra les hiéroglyphes en étudiant la fameuse pierre de Rosette, découverte lors de l’expédition de Bonaparte en Egypte. Il fut également à l’origine d’une passion française non démentie, l‘égyptologie. Embrassant large, le musée invite à un passionnant voyage au cœur du mystère des écritures, des plus anciennes – les pictogrammes sumériens, les glyphes et codex mayas, les idéogrammes chinois - jusqu’à nos actuelles tablettes de lecture. 

Autre vallée, celle du Célé, autre musée : dénommé « Musée de l’Insolite », il confine au burlesque et garantit, sous la houlette de son inventeur loufoque, Bertrand Chenu, une réjouissante visite. Pas possible de manquer le lieu : une vieille Simca 5 surgit de la falaise qui abrite sa caverne d’Ali Baba. « Je cerne le hasard  », dit plaisamment l’homme de 66 ans au milieu de 1500 objets de sa composition, des détournements farfelus : ici, un drôle de saucisson, la rosette de pierre, clin d’œil à Champollion ; là, le tombeau du déserteur inconnu, la tartine de pain n’ayant qu’un seul côté ou encore le cyclotronc, vélo encastré dans un arbre. Le facétieux Bertrand Chenu se moque allègrement des grandes migrations estivales sous forme d’un car de transporcs touristiques… 

Eaux souterraines et eau de vie

On quitte ce temple de la dérision en partant vers le nord. Traversée du Parc naturel régional des causses du Quercy jusqu’au site grandiose de Rocamadour. Surplombant le canyon de l’Alzou, la cité parait s’être empilée à flanc de falaise : « les maisons sur la rivière, les églises sur les maisons, les rochers sur les églises et le château sur le rocher », comme signale le dicton local. Lieu de pèlerinage depuis le XIIe siècle, Rocamadour est surtout connue pour son culte marial. Il n’est pas exclusif. Dans les replis de la roche, l’abbé Ronan de Gouvello a dédié une chapelle à Notre-Dame de l’Ovalie. Comme quoi on peut être traditionnaliste et fan de rugby ! 

Tout à côté, spectacle attendrissant à la ferme La Borie d’Imbert. Marc et Sophie, le couple trentenaire propriétaire de l’élevage, nourrissent les chevreaux au biberon. Au terme de la visite, ils font goûter leur délicieux fromage, le Cabecou fermier. Il a dû nous mettre en appétit, car lorsque nous pénétrons à l’aide d’une barque dans le gouffre de Padirac jusqu’à la salle du grand Dôme, les reliefs éclairés nous semblent être des piles d’assiettes ! À 103 mètres de profondeur et à température constante toute l’année (13°), nous glissons paisiblement sur les eaux de la rivière souterraine. Mais ne demandez pas à votre guide comment elle s’appelle, car « elle n’a pas de nom  ». Incroyable mais vrai, on sait seulement que cette rivière se jette 19 kilomètres plus loin dans la Dordogne, mais personne n’est capable de dire d’où elle vient. Le Lot conserve des secrets bien gardés. Ce qui ajoute encore au charme du département. Histoire d’arroser ce mystère, avant de reprendre le train à Souillac, on se jette un petit verre de vieille prune derrière la cravate. Et celui là, on sait d’où il vient : c’est le produit phare de la réputée distillerie Louis Roques. À la vôtre ! Santat ! comme on dit en occitan. 

 
Le pont Valentré et ses tours fortifiées, emblème de la ville de Cahors © YH

 


Pratique

Y aller. En train. Paris (Austerlitz) – Cahors en 5h30.
Y séjourner.

° Hôtel La Ségalière à Cajarc. Tél : 05 65 40 65 35 www.lasegaliere.com
Y manger
° À Saint-Cirq-Lapopie, l’auberge du Sombral sur la place principale du village.
Tél : 05 65 31 26 08 www.lesombral.com
° À Cajarc, l’Allée des vignes. Le restaurant gastronomique d’Emmanuel Robin, avec en saison un menu safrané. Tél : 05 65 1161 87 www.alleedesvignes.com
À voir :
° La safranière de Didier Burg à Calvignac. Tél : 05 65 30 23 65
° À Figeac, le musée Champollion qui fête ses 30 ans en 2016.
Tél : 05 65 50 31 08 www.musee-champollion.fr
° Dans la vallée du Célé, près de Cabrerets, le « Musée de l’Insolite ». Tél : 05 65 30 21 01 www.museedelinsolite.com

° Près de Rocamadour, la chèvrerie de la ferme de La Borie d’Imbert.
Tél : 05 65 33 20 37 www.laboriedimbert.com

° Gouffre de Padirac. Tél : 05 65 33 64 56 www.gouffre-de-padirac.com
° Distillerie Louis Roques à Souillac. Tél : 05 65 32 78 16 www.lavieilleprune.com

Renseignements : Lot tourisme. 107, quai Cavaignac à Cahors.
Tél : 05 65 35 07 09 www.tourisme-lot.com et www.tourisme-lot-ressources.com

Guide : « Le Lot », Les Encyclopédies du voyage (Gallimard, 27 €).


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Le 15 février 2016

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