"Les cités ne sont pas des débarras"

Olivier Las Vergnas, 52 ans, directeur de la Cité des Métiers à La Villette, est un passionné d’astronomie qui garde les pieds sur terre. C’est dans l’univers de la banlieue qu’il a puisé son inspiration pour écrire son premier roman. « Romanesque 2.0 », paru en octobre 2007 aux éditions Le passager clandestin, mêle le réel et virtuel autour d’une intrigue explosive. Rencontre avec un militant… à sa façon.

Olivier Las Vergnas, président de la Cité des métiers, pose devant la Cité des Sciences et de l’industrie à La Villette (Paris).

DR

Lemagazine.info : Dans votre roman, Abdel, jeune prodigue de l’informatique, se fait tuer lors d’une ratonnade dans sa cité du Clair Soleil. L’assassin est un mercenaire payé par un parti politique extrémiste pour « aider » les quartiers à s’enflammer, à la veille des élections. Est-ce un scénario plausible ?

Olivier Las Vergnas : Pourquoi pas ? L’objectif est de faire réfléchir. Cela dit, je ne pense pas que dans la France d’aujourd’hui un élu puisse payer directement des mercenaires pour mettre le feu avec des lances flammes et manipuler les votes. Malheureusement, ou heureusement, les crises explosent toutes seules. Il suffit de jouer sur l’instabilité du système. Après, les médias mettent cela en valeur ou pas. A Grigny, (où se déroule l’intrigue du roman NDLR), lors d’événements très récents, des attitudes jugées provocatrices par les jeunes où par les policiers ont très vite mis le feu aux poudres.

Lemagazine.info : Pourquoi vous êtes-vous intéressé aux banlieues ?

Olivier Las Vergnas : Je travaille avec l’Association française de l’astronomie, (l’AFA)*, dont je suis le président depuis 1993, et avec d’autres mouvements d’éducations populaires en banlieue. J’ai donc souvent l’occasion de rencontrer des jeunes. Beaucoup d’entre eux ont un potentiel inexploité car ils sont enfermés dans un monde qui les oblige à devenir victimes. C’est ce que j’avais envie de souligner en écrivant Romanesque 2.0. Si on ne crie pas, comme le fait le personnage principal, Naïma, la sœur d’Abdel, qu’il y a des dérives et des manipulations politiques, alors ces cités se referment comme des débarras.

Lemagazine.info : Quel est le message que vous avez voulu délivrer à travers ce roman ?

Olivier Las Vergnas : Ce roman n’est pas un conte de fée ni une fable de La Fontaine. Les personnages ne sont pas simplistes. Abdel n’est pas une victime parfaite, c’est aussi un dealer… Tous les torts ne sont pas du côté des jeunes, ni de la police. Au lecteur de chercher le message…

Lemagazine.info : Que vous inspire le plan banlieue ?

Olivier Las Vergnas : La plupart des maires qui ont des quartiers populaires dans leur territoire sont préoccupés par ces questions. Mais d’une élection à l’autre, les choses avancent peu. Les banlieues souffrent d’invariants sociétaux : l’habitat surpeuplé, la précarité du travail, le taux de personnes vivant sous le seuil de la pauvreté, les faibles moyens pédagogiques et éducatifs … Quant à la sécurité, la mise en place de la police de proximité a l’effet d’un yo-yo : le fait de décider de la supprimer ou de la réinstaller n’aide pas à reconstruire des liens de respect. Tant qu’on ne cherchera que des mesures symboliques parce qu’on n’a pas les moyens de financer autre chose, la situation n’évoluera pas. La société ne sait pas quoi faire de la précarité qu’elle produit. C’est un problème chronique, qui a toujours existé indépendamment de l’immigration, et c’est une cause de mal-être et de désespérance chez les jeunes.

Lemagazine.info : Comment est né « Romanesque 2.0 » ?

Olivier Las Vergnas : A la base, c’est un roman d’anticipation. Je l’ai écrit en 2000 en imaginant que l’action se passe en 2010. Le futur est présent principalement dans l’idée du logiciel automatique d’écriture et du « ludodrome » (mélange entre un bowling, un jeu de rôle, et une salle de jeux en réseau… grandeur nature). Au niveau du style, je l’ai construit comme un scénario de série Télé. Ainsi, les séquences sont courtes et on change souvent de plan et de personnages. J’ai publié une première version sur Internet. C’est grâce à cela que j’ai été contacté par Nicolas Bayart, créateur du Passager clandestin mon éditeur. J’ai réécrit une autre version pour lui… Et j’ai développé le site romanesque.fr et le blog autoKteb.org pour continuer à faire passer des idées sur ces sujets via Internet.

Pour en savoir plus :

*Ciel, miroir des cultures , ciel des quartiers afanet.fr

Pour en savoir plus sur l’auteur : enviedesavoir.org

Propos recueillis par



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Le 25 avril 2008

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