Orchidée de sang

Publié voilà 20 ans aux Etats-Unis, Orchidée de sang de l’auteur américain Charles Bowden est disponible désormais en français, aux éditions Albin Michel. Ce livre fascinant, qui porte un regard sans concession sur l’histoire américaine, offre une expérience de lecture rare dans le panorama des parutions annuelles.

Charles Bowden écrit à cœur ouvert, et jette du sel sur les plaies de notre temps. En sept chapitres qui décrivent autant d’enquêtes à travers les Etats-Unis et l’Amérique du Sud, Bowden déterre les racines d’une civilisation bâtie sur la violence et l’autodestruction. Il nous raconte l’extermination des Indiens, la « guerre sale » des années 1970 en Amérique du Sud, le chaos écologique, la puissance des cartels mexicains, les zones louches de Los Angeles. Pour ce faire, il développe une forme littéraire hybride, portée par une écriture foisonnante, magistralement traduite par Bernard Cohen. 
 
Orchidée de sang est-il un documentaire ou un journal de bord déchaîné ? Un poème élégiaque ou un reportage ? Charles Bowden n’est pas seulement un journaliste gonzo, qui s’immerge dans le réel pour nous rapporter un reportage tout chaud. C’est d’abord un auteur visionnaire, dont ce livre révèle le courage et la lucidité salvatrice. 
 
Les fleurs du mal de l’Amérique
 
La grande métaphore filée qui parcourt ces 400 pages puissantes raconte la stratégie sexuelle de reproduction des orchidées carnivores. Symbole de la violence intrinsèque de l’histoire américaine, ces orchidées se nourrissent du sang des massacres. Par cette image, Bowden restitue aussi toute sa puissance à la nature et ouvre la fenêtre de l’irrationnel. Malgré l’aseptisation de nos sociétés, nous avons besoin de retrouver « les forêts qui nous oppressent, les montagnes qui nous intimident, les forces qui nous écrasent.  » Nous ne devons plus avoir peur « de sortir seul la nuit  ».
 
Avec l’énergie du désespoir et un formidable élan vital, Bowden frappe là où notre civilisation a mal, par la force de ses visions qui englobent Histoire et présent, en un magma puissant. Sillonnant les routes du continent américain du nord au sud, Bowden embrasse dans son road-trip Emilio Zapata et Pancho Villa, Christophe Colomb, les grands chefs Indiens et les yankees, auxquels s’ajoute une foule innombrable de personnages dignes de Sailor et Lula.
 
Dans ce parcours sinueux et envoûtant, parfois hermétique mais à la langue toujours belle, Bowden sait parfaitement où il veut nous mener : « La réalité ne peut pas exister sans la fiction. Nous ne pourrons jamais être assez grands pour ressentir le vivant, [. .] sauf si nous arrivons à nous imaginer plus vastes que ce que nous ne pourrons jamais être. »
 
On pourrait croire que Bowden écrit sous psychotropes. Pensons plutôt qu’il bénéficie d’une perception extrasensorielle, qui lui permet de restituer la voix des Indiens et des massacrés. Sous sa plume magnifique, ils reviennent hanter le présent et nous mettent face à nos responsabilités. 
 
Alors, ne manquez pas le poète Charles Bowden, comme vous n’auriez manqué pour rien au monde Henry Miller ou Charles Bukowski : le « cauchemar climatisé » que Bowden nous raconte est bien le nôtre, et il est plus réel que jamais. « Et si nous étions la véritable espèce menacée ? » 
 

Orchidée de sang, une histoire pas naturelle de l’Amérique, de Charles Bowden, Albin Michel.


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Le 14 janvier 2014

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