Pierre Bariéraud, designer en bijoux contemporains

Le cœur de la ville de Limoges, célèbre pour ses arts du feu, bat au rythme de la création. Designers et décorateurs de porcelaine, émailleurs et plasticiens y nourrissent une inspiration où la tradition est sans cesse renouvelée. Pierre Bariéraud, designer en bijoux contemporains, appartient à cette nouvelle vague de créateurs limousins ouverts à l’international. En marge de la présentation de ses créations au Salon international du bijou contemporain à Madrid, il a reçu le Magazine.info. L’occasion pour cet artiste audacieux d’évoquer son travail, entre recherche plastique et design de mode. 
 

Collier Particule - Crédit photo Sandrine Frapier

Le Magazine : Pierre Bariéraud, comment êtes-vous devenu designer en bijoux contemporains ?

Pierre Bariéraud  : J’ai abordé la création de bijoux durant mes études de design à Brest. C’est à cette période que j’ai eu l’occasion de travailler le cuir pour la première fois, ce qui m’a enthousiasmé. J’ai d’abord exposé et vendu sur de petits marchés, puis mon activité a pris de l’ampleur. Etre créateur de bijoux, c’est finalement un prétexte pour m’entourer de pierres que j’adorais collectionner dans l’enfance.
 
Le Magazine : Quelles sont vos sources d’inspiration ? 

Pierre Bariéraud : Elles sont variées. Je m’inspire aussi bien des bijoux ethniques contemporains, comme on en voit par exemple chez les Dogons ou en Thaïlande, que de ceux que l’on portait au Moyen Age. Sur cette base, à partir de certaines pierres très graphiques, aux lignes très caractéristiques, comme la pierre chrysanthème ou le quartz tourmaline, je cherche à prolonger les formes minérales sur la monture en cuir. Mon travail est basé sur une approche anatomique, en partant du principe qu’il faut habiller le cou, sans que le bijou soit un poids. Dernièrement, j’ai aussi travaillé sur l’accumulation et la répétition des formes. En apparence, certaines pierres ont une taille ou une forme aléatoire. Pourtant, si on les examine attentivement, il est possible de discerner un rythme, que je recrée ensuite dans le bijou. 
 
Le Magazine : Comment choisissez-vous vos matériaux ?

Pierre Bariéraud : Le cuir du Limousin est au centre de mon travail, car c’est avec celui-ci que j’ai commencé à travailler de manière autodidacte. Mes fournisseurs sont les mégisseries de Saint-Junien, en Haute-Vienne, qui collaborent aussi avec les maisons de haute couture, notamment Chanel, Hermès, Dior, Vuitton, ainsi que les confectionneurs italiens. Que ce cuir vienne du Limousin a son importance puisque j’en suis originaire, mais je ne m’interdis rien, bien entendu. 
 
Le Magazine : Comment sont conçus les noms de vos bijoux, si évocateurs ? Je pense par exemple à Halley, L’Hydre rouge ou Némésis œil de tigre.

Pierre Bariéraud : La plupart de mes pièces n’existent qu’en un seul exemplaire. Il faut donc leur donner un nom qui enflamme l’imaginaire et raconte une histoire. C’est le cas par exemple du Cœur d’Iseult ou du Remords de Pallas. Ce dernier rappelle le mythe d’Arachné, transformée en araignée par Pallas Athéna, terriblement jalouse. Les huit liens latéraux rappellent ainsi l’ordre des arachnides.
 
Le Magazine : Comment choisissez-vous les pierres qui sont montées sur vos colliers ? 

Pierre Bariéraud : Sur les lots de 50 kilos présentés par les fournisseurs, j’en choisis trois ou quatre seulement, après avoir pris un temps considérable pour étudier les formes et les reflets de celles qui seront serties sur les colliers. Je ne me fournis jamais sur Internet.
 
Je choisis les pierres brutes, surtout les cristaux, influencé en ce sens par la lithothérapie, qui requiert de retoucher le moins possible le matériau. Présenter dans leur apparence originelle des pierres que l’on voit habituellement travaillées me semble particulièrement intéressant. Par exemple, la malachite, qui présente des stries de verts différents lorsqu’elle est taillée, est constituée, à l’état brut, de nodules verts d’une seule couleur.
 
Le contraste entre la pierre qui semble sortie de la terre, et sa position sur un bijou élaboré, l’opposition entre le cuir très chaleureux et la froideur du minéral brut sont aussi très évocateurs.
 
Le Magazine : Comment élaborez-vous vos modèles ?

Pierre Bariéraud : La pierre qui constitue mon dernier bijou, le Cœur d’Iseult, se trouvait dans mon atelier depuis trois ans, inutilisée. Mais plusieurs influences, dont la vision des entrelacs de végétaux dans la nature, me l’ont rappelée et le processus de création est alors allé très vite. 
Pour le collier Particules, je me suis intéressé en amont à l’agencement des molécules, et à la répétition du motif. Il fallait trouver une pierre assez légère pour être portée en plusieurs exemplaires. Le collier est finalement constitué de 30 pierres de jais, ce charbon fossilisé et donc ultra léger. Il peut donc se porter presque comme un vêtement tout en gardant une apparence organique et bulbeuse.
 
Le Magazine : Vos colliers paraissent destinés à des galeries d’art plutôt qu’à être portés. 

Pierre Bariéraud : Pourtant, malgré cet aspect sculptural, ils sont tous portables : voilà pourquoi je me définis comme un designer. Tout est élaboré dans une optique corporelle. L’architecture interne permet de pallier à la lourdeur éventuelle, en répartissant les forces. D’ailleurs, mes colliers sont tous montés sur un buste mannequin, afin de reproduire la morphologie humaine, sa courbure et son volume. Je ne travaille jamais à plat. C’est la clé pour que le bijou tombe bien, et puisse être porté toute la journée. C’est le côté « orthèse » de mon travail. 
 
Le Magazine : Quel écho suscite aujourd’hui votre travail ?

Pierre Bariéraud : Mes bijoux viennent d’être exposés à Madrid au Yearbook, le Salon international du bijou contemporain. Cette exposition itinérante sera présentée jusqu’en février 2015, avec une nouvelle étape à Madrid, puis à Barcelone et Berlin. Les créateurs invités à ce salon travaillent autour du concept du bijou. A quoi sert le bijou ? Cette question me paraît primordiale, elle est de l’ordre de l’éthique. Ainsi, actuellement, je ne créé ni bracelets ni boucles d’oreille, car mes essais ne me satisfont pas. L’intérêt est de se démarquer, d’apporter autre chose.

Le Magazine : Selon vous, à quoi sert un bijou ?

Pierre Bariéraud : Mises à part la petite chaîne en or ou l’alliance qui sont intemporelles, un bijou fantaisie doit rester ludique, tout en délivrant un message sur la personnalité de celui qui le porte. Le port d’un bijou est en outre toujours associé à un moment et à un état d’esprit. Un beau collier aider à se sentir mieux, à adopter un état d’esprit insolite, tout comme on se sent différent selon que l’on porte un jogging ou une robe de soirée. 

 


Site internet : http://pierrebarieraud.blogspot.fr/
Boutique-Atelier : « Les feux follets », 25 rue de la Boucherie, 87 000 Limoges

Photo Pierre Bariéraud - crédit Clair&Co


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Le 16 octobre 2014

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