Portrait : Elodie Navarre

Elle a signé son premier engagement professionnel à 20 ans, sur la scène nationale du théâtre de la Criée à Marseille, avec Gérard Desarthe et Danièle Lebrun. Elle n’a cessé ensuite d’enchaîner les rôles, au théâtre, au cinéma et à télévision. Depuis le début de l’année, elle a été sur scène une Médée inoubliable, tout en apparaissant à l’affiche des films d’Eric Rochant (L’Ecole pour tous) ou de Daniel Vigne, (Jean de Lafontaine). Vous pouvez actuellement la voir sur Canal + dans la série Reporter, ainsi que sur France Télévisions, dans le Clan Pasquier, et très bientôt dans le prochain film de Jean Becker (Dialogue avec mon Jardinier – sortie le 6 juin). Encore peu connue du grand public, Elodie Navarre n’en est pas moins l’une des comédiennes les plus prometteuses de sa génération. Portrait.

Quel métier ! En l’espace de quelques mois, Elodie Navarre aura incarné une jeune et jolie prof de Zep, une duchesse libertine, une secrétaire générale de rédaction inflexible, une pianiste solitaire, une mère infanticide, etc… Autant de rôles difficiles ou légers, qu’elle aborde avec la même ferveur, à la manière « d’une artisane, qui ne crée ses personnages que par le travail » comme elle aime à le dire. Attention, Elodie Navarre n’est pas de ces comédiens introspectifs et graves, un tantinet ennuyeux. Au contraire, « je me dis souvent que j’aborde les rôles comme les enfants qui jouent aux indiens et qui le sont pleinement pendant deux heures, avant de passer à autre chose », avoue-t-elle dans un sourire charmant. Pourtant, qui croirait que derrière cette jolie jeune femme de 28 ans, au rire innocent et communicatif, se cache une vraie grande comédienne, qui affiche déjà 10 ans de carrière ?

La vocation est venue naturellement, de façon presque prédestinée. Adolescente, elle portait un regard distant sur l’école, au point que ses parents l’inscrivirent en désespoir de cause « dans une école qui rassemble beaucoup de bons éléments, qui ont l’air d’avoir quelque chose, mais on sait pas très bien quoi. Elle était située juste à côté du jardin du Luxembourg, car pour ces gens-là, il vaut mieux avoir un parc, puisqu’ils ne sont pas souvent en classe » précise-t-elle en rigolant. Un soir, un directeur de casting sauvage l’arrête dans le métro qui la ramène chez elle. « Il m’a posé des questions devant la caméra. Et je n’en entends plus parler jusqu’à ce qu’un metteur en scène tombe sur mes cassettes, et dise que j’étais celle qu’il cherchait ». Et voilà Elodie, à peine âgée de 16 ans, partie donner la réplique à Jean Rochefort, dans un téléfilm (Clara et le Juge). Malgré la difficulté du rôle, « un truc très lourd, avec une fille qui vit une histoire d’amour avec son père, pour remplacer sa mère morte », il faut croire que l’expérience fut concluante, puisque tout s’est ensuite enchaîné. La jeune novice est rapidement engagée par Marion Vernoux pour un petit rôle dans Love Etc, avec Yvan Attal et Charlotte Gainsbourg. Poussée par ses parents, « ravis de voir une jeune qui ne sait pas trop où elle va, et qui tout à coup trouve comment grandir », Elodie s’inscrit au conservatoire d’art dramatique du Xème arrondissement et commence à apprendre son métier d’actrice. Elle n’a plus cessé de jouer depuis.

Travail de vérité

Aujourd’hui, malgré un parcours professionnel éloquent, Elodie Navarre confesse une façon encore « un peu enfantine » d’aborder le métier. On sent poindre pourtant une vraie maturité, gagnée à force de travail et d’engagement. « Pour la première fois de ma vie, je commence à refuser des rôles. Je me disperse beaucoup moins, mais c’est très nouveau » reconnaît-elle. Il faut dire qu’elle a tout fait : théâtre public ou privé, cinéma, télévision, prise par une véritable frénésie de jouer. Peut-être à cause de cette « peur d’exister » qu’elle avoue à demi-mot, tout en expliquant : « plus j’ai peur, et plus j’approche de la vérité des sentiments que j’interprète ». Et il fallait voir, cet hiver, ce petit bout de femme faire trembler d’effroi et de passion le public du Théâtre National de Beauvais, où elle incarnait une Médée pleine « d’une rage, d’une colère, d’une envie d’absolu », dans la pièce éponyme de Jean Anouilh. De ce rôle joué seulement pour la seconde fois depuis sa création au théâtre en 1953, et jamais incarné par une jeune fille, Elodie Navarre parle comme d’une étape essentielle dans son travail, car « il m’a donné confiance en la puissance d’émotion que j’ai à donner », dit-elle avec gratitude. 


© Thibault Grabherr

Aucun rôle pour elle n’est négligeable, et chacun suppose un vrai travail d’appropriation. Pour interpréter Cécile Pasquier, sur France Télévision, « cette femme qui met tout sa fragilité au service de la musique », Elodie a dû apprendre par cœur des morceaux de Schubert, Mozart, Schumann, et « jouer devant 500 figurants, en compagnie de vrais musiciens ». Et là encore, la comédienne se veut reconnaissante envers son personnage, pour lui avoir permis d’accéder à un monde qu’elle ne connaissait pas. Ces mondes qui ne sont pas les siens, elle ne les juge pas, pour mieux les approcher au plus près de leur vérité. « C’est comme si je voyais d’abord la beauté des êtres. Mon travail à moi, c’est de défendre mon personnage, comme un avocat » affirme-t-elle. Voilà ce qu’il lui permet de jouer cette mère infanticide dans Médée, mais aussi une cadre supérieure prête à licencier en masse, comme elle le fait dans Reporter, remplissant froidement la mission qui lui a été confiée. « Même Eva Braun, je n’aurais pas peur de l’interpréter, car ce qui m’intéresse, c’est de trouver l’humanité d’un personnage, pour que l’on comprenne pourquoi il en est là ».

Et elle, Elodie Navarre, où se situe-t-elle dans ce métier qu’elle adore ? « J’ai fait tellement de choses que je n’appartiens à aucune famille du théâtre et du cinéma, c’est à la fois mon atout et mon handicap. Ma démarche est pleine de sincérité, mais je crois qu’il me faut encore grandir » souligne-t-elle avec modestie. Pour autant, son talent est réel, probablement majeur, et son jeu ne cesse de s’affiner. « Avec les années, les rôles se densifient, je me débarrasse d’artifices » souligne-t-elle, confiante. Aujourd’hui, il ne lui manque qu’un vrai rôle porteur pour véritablement s’imposer. « J’aimerais rencontrer mon Truffaut », dit-elle d’ailleurs. A l’écouter et à la regarder jouer, on se dit que son Truffaut est sur le point d’arriver.


Retrouver Elodie Navarre sur la scène du théâtre des Champs-Élysées, à partir du 15 septembre 2007, dans une pièce de Donald Margulies « En toute confiance », mise en scène par Michel Fagadeau.

Copyright première photo couleur : © France 2/Jacques Morell


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Le 28 mai 2007

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