Retour aux sources à Vittel

Connue pour son eau minérale et ses cures thermales, Vittel, cité des Vosges, entretient son cadre enchanteur et tente d’élargir son public. Elle semble vouloir s’appliquer à elle-même le slogan d’antan : « Boire Vittel et bouger ».


Le parc arboré de l’hôtel Ermitage, propice à la relaxation © YH

L’arrivée à la gare donne le coup d’envoi d’un voyage à remonter le temps. Sous une superbe verrière-coupole, son décor agrémenté de balustrades en fer forgé vous reporte un siècle en arrière. Dans les rues de la petite cité de 5400 habitants, une mosaïque représentant la Galerie thermale ou encore les lumières du casino, rappellent l’ambiance Belle époque, lorsque l’on prenait les eaux dans la station mondaine. L’écrin a été soigneusement préservé. Nous le vérifions le temps d’une balade en vélo dans le joli parc arboré de 650 hectares qui incite à la villégiature. Les hôtels qui parsèment le site – l’Ermitage, le Palace, le Grand hôtel – s’affichent comme autant d’œuvres architecturales. Volée d’escaliers de pierre ici, salle de colonnes doriques là, bar Art déco plus loin. Manière de faire passer le message : la ville d’eau est aussi une ville d’art. 
 
Nous retrouvons le maire de la ville, Jean-Jacques Gaultier, à la terrasse du Grand hôtel. Il revient sur l’histoire de la station. « Tout a commencé en 1854, lorsqu’un avocat aveyronnais, Louis Bouloumié, constate les bienfaits d’une source locale. » Il achète le terrain. C’est le début d’une longue aventure familiale : 162 ans plus tard, Vittel prospère grâce à cette mono-industrie. Simplement, la vieille rivalité avec la voisine et concurrente Contrexéville s’est estompée et sous l’égide de Nestlé - la multinationale est devenue actionnaire majoritaire en 1992 - le pool produit quelque 1,5 million de bouteilles/an. L’activité thermale, elle, a repris sa vitesse de croisière et compte accueillir 4300 curistes en 2016. 
 
Le maire évoque aussi les « people » qui ont contribué à la renommée de la ville et de ses thermes : la fameuse espionne Mata Hari y séjourna en 1916. De là, elle pouvait retrouver l’un de ses amants, le capitaine russe Vadim Maslov, blessé et hébergé dans un hôpital de campagne, près de Vittel. Venu pour se soigner en 1973, Gilbert Trigano fut si séduit par les lieux qu’il décida d’y implanter un Club Med. Idem pour Robert Hossein, qui a fait souche et dispose ici d’une villa. 
   
Félicie, aussi
 
Fondatrice du musée local du thermalisme, Jacqueline Verrier nous sert de guide et conte nombre d’anecdotes plaisantes qui complètent l’histoire officielle. C’est un curé qui aurait achevé de convaincre Louis Bouloumié, le futur fondateur de la station, des vertus de la source locale. Il buvait cette eau à satiété, à tel point que ce philtre lui donnait une vigueur nouvelle. Il confia alors à son interlocuteur qu’il devait interrompre sa consommation, car « l’eau me produit des effets que ma condition d’ecclésiastique ne me permet pas d’avoir ». Ce « miracle » n’a-t-il pas inspiré les publicitaires des années 80, auteurs du slogan : « Retrouvez la vitalité qui est en vous » ?...
 
Jacqueline Verrier nous accompagne jusqu’à la Galerie thermale de style mauresque, œuvre de Charles Garnier, par ailleurs architecte de l’Opéra de Paris. « Cette galerie-promenoir longue de 180 mètres est l’une des plus grandes d’Europe. Elle sert toujours d’endroit de rendez-vous aux curistes. » En fait, une source peut en cacher une autre. Notre guide iconoclaste nous montre le griffon d’une « source salée », la source Hépar et évoque d’autres sources qui sourdent aux environs : la source Marie, la source des Demoiselles, avant de s’attarder sur une « source naturelle et souterraine captée à 141 mètres de profondeur, riche notamment en calcium et magnésium. » C’est l’eau de ce forage, dénommé « Félicie », qui est distribuée lors des soins aux Thermes. Félicie ou « l’or blanc » de Vittel : si le nom n’était antérieur à la chanson de George Brassens, on aurait volontiers imaginé un hommage involontaire au poète. 
 

Le bar très cosy de l’hôtel Ermitage de Vittel © YH
Eau bénite
 
Les hommes d’église n’ont pas été traumatisés par les mésaventures passées du curé local. Ils ont laissé s’ériger dans l’enceinte de l’établissement thermal la chapelle Saint-Louis. Cet étonnant édifice, achevé en 1924, rend un véritable culte à la famille de Louis Bouloumié. Une coutume de l’époque voulait que les personnages bibliques puissent être représentés avec les traits des généreux donateurs. Là, on n’a pas lésiné. Non seulement, les vitraux sanctifient les membres de la dynastie avec leurs attributs (rouflaquettes ou coupe en brosse), mais figure également une Vierge improbable tenant un gobelet à la main comme une incitation à se désaltérer sans compter. Ne manque que la bande son sous forme de nouveau commandement de la Notre-Dame du Bon Remède vitelloise : « Buvez, éliminez » ! 
 
Une telle bénédiction oblige à penser à l’avenir et à préserver la ressource. L’ensemble de la zone de captage, l’impluvium, qui couvre 10 000 hectares autour de Vittel, a été élevé au rang de territoire protégé. Un pacte écologique a été conclu. Les agriculteurs se sont notamment engagés à renoncer à l’usage de pesticides et de produits phytosanitaires polluants. Parallèlement, un Centre mondial de recherche sur l’eau fort de 80 chercheurs a vu le jour. Et dans l’enceinte des Thermes, un espace d’information et d’animation dédié à l’eau douce, « La Vigie de l’eau », comportant de nombreux espaces didactiques et interactifs, accueille les visiteurs.
 
Ne reste plus qu’à tester les vertus de l’hydrothérapie. Des douches sous affusion au bain de kaolin en passant par un « modelage rêve de pluie », on a connu parcours plus éprouvant… Entre deux soins, une nouvelle nous sort de notre douce torpeur : des professionnels de la médecine traditionnelle, en provenance de Qingdao, ville du nord-est de la Chine, s’installeront dans l’enceinte du spa dès la fin de l’été 2016. Une surprenante tête de pont de l’Empire du Milieu au cœur du vénérable établissement : n’est-ce pas le signe que Vittel se bouge résolument ? 

Pratique
° Y aller. Paris-Nancy en TGV (en 1h 30), puis TER jusqu’à Vittel (1h 20).
° Y séjourner. Hôtel L’Orée du bois. Tél : 03 29 08 88 88 www.loreeduboisvittel.fr
° Y manger. Chalet Vitellius. 70, av. Georges Clémenceau. Tél : 03 29 08 07 21
www.chalet-vitellius-hotel.com
° À consulter. Pour découvrir le monde de l’eau : www.lavigiedeleau.eu
° Renseignements. Office de tourisme de Vittel. Place de la Marne.
Tél : 03 29 08 08 88 www.vitteltourisme.com

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Le 21 juillet 2016

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