Semeur d’espoirs

Est-il encore besoin de présenter Pierre Rabhi ? A 75 ans, ce paysan, écrivain et penseur français d’origine algérienne, chantre de l’agro-écologie et de la sobriété heureuse, fait l’unanimité. Nicolas Hulot se réclame de sa pensée ; Marion Cotillard milite à ses côtés. On murmure même qu’il arrive à Nathalie Kosciusko-Morizet de le consulter. Le journaliste Olivier Le Naire, rédacteur en chef à l’Express, lève le voile sur cette personnalité exceptionnelle à travers un livre d’entretiens au titre éloquent : Semeur d’espoirs.


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Toute sa vie, Pierre Rabhi aura semé des graines. Au propre comme au figuré. Ce lutteur acharné, paysan, écrivain et penseur né en 1938 dans une oasis du sud de l’Algérie, inspire aujourd’hui « un nouvel espoir à tous ceux qui cherchent d’autres valeurs que celles qui dominent notre monde actuel  » écrit le journaliste Olivier Le Naire dans le livre d’entretiens que Pierre Rabhi lui a accordés. Au-delà de l’agro-écologie, de la défense d’une société de sobriété et d’un discours – argumenté – en faveur de la décroissance, Pierre Rabhi invite chacun à se construire une vie harmonieuse, en accord avec lui-même et à contre-courant de l’agitation auto-promotionnelle si caractéristique du web et des réseaux sociaux. «  Etre, autant que possible, en cohérence avec soi-même. Cela implique beaucoup de modestie, car personne ne peut échapper à l’incohérence. Il s’agit donc, en définitive, de la réduire chaque fois que cela est à notre portée ». Disant cela, Rabhi invite à la confiance, malgré un monde parfois déboussolé, dominé par la peur de l’autre et les discours anxiogènes. Selon lui, « la vraie sécurité (…) existe en chacun de nous. Notre faiblesse se situe du côté du mental. Ce mental n’arrête pas de nous tourmenter, de créer des images, des peurs terribles. C’est cela qu’il faudrait apaiser ».

L’insécurité, la vraie, Pierre Rabhi l’a longtemps côtoyée. Balloté par la vie, perpétuel déraciné, il est confié très jeune par son père à un couple de Français résidant en Algérie. Plus tard, alors que commencent les premiers soubresauts de la guerre d’indépendance, il est mis à la porte par son père adoptif suite à un différend familial. Le jeune homme se retrouve ouvrier spécialisé en France. En 1961, il fuit une vie qu’il perçoit comme aliénante pour se réfugier en Ardèche. Pionnier du retour à la terre, il parvient à acheter une ferme avec son épouse. Le terrain est réputé incultivable, mais « d’une grande beauté ». Suivent alors des années difficiles, sans eau ni électricité. « Nous avons frôlé l’indigence  » confie Rabhi. Qu’importe, cinq enfants naîtront. A force de détermination, la famille parvient à vivre de sa terre aride. Rabhi développe l’agriculture biodynamique, sans engrais chimique, basée sur l’irrigation maîtrisée et la création de l’humus, qui régénère la terre au lieu de l’épuiser. Sa méthode fait progressivement école. En 1981, il est appelé au Burkina Faso, puis transmet son savoir-faire agricole dans les pays d’Afrique, en France et en Europe. En 1997, l’ONU le reconnaît expert en sécurité et salubrité alimentaire. Pierre Rabhi est aujourd’hui un tribun écouté et respecté. Sa parole militante est entendue jusque dans les enceintes de l’Unesco, du Medef ou de HEC.

A 75 ans passés, il prend enfin le temps de se retourner sur cette vie de combat. « Peu à peu, j’ai pris conscience que la vie est un chemin initiatique, du moins l’ai-je pris comme tel  », confie-t-il à Olivier le Naire. Un chemin initiatique qui met la croissance de l’être et l’harmonie avec la terre au centre de l’existence, et qui pointe du doigt la faillite programmée d’un modèle basé uniquement sur la recherche du profit. « Je déplore que l’espace libéral ne permette pas de construire un autre modèle au centre duquel on placerait l’humain et la nature. (…). Au sein de la prospérité, la misère est présente et très douloureuse. A la misère de l’avoir s’ajoute celle de l’être, comme en témoigne la consommation d’anxiolytiques qui ne cesse d’augmenter. A quoi bon une telle prospérité si la joie d’exister – bien suprême – est inaccessible ? Il y a quelque chose d’absurde dans ce « toujours plus » qui renforce l’indigence de l’âme et du cœur au profit de la matière morte. Surtout lorsque la satisfaction véritable, celle qui nous donne une magnifique sensation de légèreté et de liberté, est, elle, toujours reléguée à l’arrière-plan. »
 

Pierre Rabhi, Semeur d’espoirs, entretiens avec Olivier Le Naire, Actes Sud, octobre 2013.


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Le 28 novembre 2013

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