Sète extra

Sète est née d’une incroyable opération de communication, décidée en 1666 par Louis XIV lui-même. Depuis, « l’île singulière » a prospéré et diffuse un art de vivre convivial et décalé que n’aurait pas renié l’enfant du pays, « l’humble troubadour », George Brassens. 


Sète, l’île singulière © Olivier Maynard

Reportons nous 350 ans en arrière. Il faut imaginer Louis XIV intimant à son « responsable de l’événementiel », l’intendant Charles de Tubeuf : profitez du rassemblement à la foire de Beaucaire des sommités de Gênes, Barcelone et des villes de la Hanse pour leur « vendre Sète » ! Christophe Naigeon, auteur d’une enquête historique sur la création de la ville, poursuit : « Tubeuf a fait réaliser une cité imaginaire comme un décor de cinéma où les invités ont fait force ripailles. » Au terme de cet « after » inaugural, le gratin des commerçants étrangers est reparti avec la conviction que le Roi-soleil avait la volonté de créer là un nouveau port méditerranéen. De fait, le chantier bientôt pris en main par l’ingénieur Pierre-Paul Riquet, l’homme du canal du Midi, sera mené à son terme en dix-sept ans. La ville en trompe l’œil, bâtie sur du sable, avait bel et bien pris corps. 
 
Le port a connu son âge d’or au XIXe siècle lorsque s’y déchargeaient des cargaisons d’oranges des Baléares, de la morue pêchée à Terre-Neuve ou des vins d’Afrique du Nord. Encore dénommée Cette, elle attirait même son premier lot de touristes, adeptes des bains de mer.
 
L’appel de la Méditerranée
 
Aujourd’hui, la cité de 44 000 habitants, joue de ses multiples facettes pour séduire le visiteur. En grimpant ver le Mont Saint-Clair et son belvédère, on passe par le « petit Naples », quartier d’ouvriers et de pêcheurs italiens, immigrants de longue date. Les mamas trônent devant les portes des immeubles et les draps pendent aux fenêtres. Dans le centre-ville, des graffeurs disciples de Hitchock se sont appropriés quelques murs, tandis qu’une atmosphère festive et propice aux rencontres règne dans les Halles de style Baltard. On y trouve les spécialités sètoites, dont la tielle, tourte garnie de poulpes et toutes les ressources de la pêche locale. Les canaux qui irriguent la ville sont propices à d’agréables flâneries en contemplant thoniers, chalutiers et bateaux de plaisance amarrés sur les quais. Sur le littoral, on tombe en arrêt devant le théâtre Jean Vilar, terrasse à ciel ouvert surplombant la Grande bleue, lieu prisé des festivals de l’été. Au-delà, s’étirent douze kilomètres de plages de sable jusqu’à Marseillan. 
 

Le cimetière marin de Sète où est enterré Paul Valery © YH
 
Nouvelle plongée dans l’histoire au musée de la Mer. André Aversa, 89 ans, le plus connu des charpentiers de marine de l’Occitanie, déambule en expert devant les maquettes de navires. « Tout ça, ce sont mes petits », s’amuse-t-il, entre une barque marseillaise encore appelée « pointu » et des « bateaux-bœufs » ainsi désignés car ils tractaient de concert les deux extrémités d’un filet comme des bœufs tirant une charrue. Le musée honore également la joyeuse tradition des joutes nautiques : coups de lance contre les pavois et plongeons obligés présidèrent dès 1666 à la fondation de la cité maritime.
 
La visite donne une envie d’escapade aquatique. Rien de plus facile depuis Sète relié à l’étang de Thau. On en profite pour se familiariser avec les réputées huîtres de Bouzigues. Étonnant destin que le leur, conté par un ostréiculteur du crû, Romain Tarbouriech : « Elles croissent pendant un an attachées à une corde, et comme bronzées par le soleil, elles prennent dans l’eau du bassin une teinte rosée aux reflets irisés. » Bonjour les poètes, mais pour satisfaire votre gourmandise, encore faut-il les protéger à l’aide de filets des voraces daurades. Sans parler des autres prédateurs…
 
Retour au port de Sète, appelé demain à accueillir des porte-conteneurs. Pour l’heure, on entend surtout des bêlements et meuglements. Surprise, un bateau-bétaillère est en plein chargement. Sète, qui ne recule devant aucune animation, est aussi un port d’exportation d’animaux vivants ! 
 
Éternels estivants
 
Non loin, dans le quartier de la Pointe courte, ce sont des chats qui sortent par dizaines des cabanons, par ailleurs interdits aux « chiants ». Ce quartier typique avait servi en 1954 de cadre au film éponyme d’Agnès Varda, dont les têtes d’affiche étaient Sylvia Monfort, ainsi qu’un jeune comédien, un certain Philippe Noiret. Les pêcheurs des lieux, marginaux à souhait et gentiment déjantés, entretiennent une culture originale et perpétuent à leur manière l’esprit Georges Brassens. Ce dernier est une référence sètoise incontournable. Il dispose même de son espace muséographique. On suit les pas du poète, on l’accompagne tout au long de son parcours en réécoutant avec plaisir, « Gastibelza », « Les copains d’abord » ou « Les trompettes de la renommée ». Dernières notes obligées au son de sa « Supplique pour être enterrée sur la plage de Sète ». Certes, on peut envier « l’éternel estivant / Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant / Qui passe sa mort en vacances. » En attendant, comme rien ne presse, on se surprend à psalmodier les vers d’un autre enfant du pays, Paul Valéry, plaidant, dans son poème « Le cimetière marin » : « Le vent se lève !... Il faut tenter de vivre ! ». Du côté de Sète, on se dit qu’on devrait y arriver sans trop de mal. 
 
Les huîtres de l’étang de Thau - ici chez Tarbouriech - sont élevées sur des cordes et protégées des daurades par des filets © YH
 

Pratique
° Renseignements. Office de tourisme de Sète. 60, Grand’Rue Mario Roustan. Tél : 04 99 04 71 71 www.tourisme-sete.com
° Y aller. En train. Paris (gare de Lyon) - Sète : en moins de 4 heures.
° Y séjourner. Au Grand hôtel de Sète. 17, quai de Tassigny. Tél : 04 67 74 71 77
www.legrandhotelsete.com
° Y manger. Aux Halles centrales de Sète, une cuisine fraîcheur à « Halles et manger ». Réservations : 06 62 82 55 22.
- Déguster les huîtres Tarbouriech sur les rives de la lagune de Thau ou au Saint-Barth à Marseillan. Tél : 04 99 43 97 58 www.lestbarth.com et huitrerose.com
° À voir. Espace Georges Brassens à Sète : www.espace-brassens.fr
- Festival « Voix vives » de la poésie méditerranéenne du 22 au 30 juillet.
- Les Joutes nautiques à leur apogée le dernier week-end d’août (24-25/8).
° Sète à lire : « Sète, 1666. Imaginer un port, faire naître une ville » par Djinn et Christophe Naigeon (Ed. Foxtrot, Sète, mai 2016, 15 €).
- Guide « Hérault » (Les Encyclopédies du voyage, Gallimard, 24,90 €).
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Le 27 juin 2016

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