The four seasons restaurant : des machines et des hommes.

Oh man, oh machine ! Cette complainte qui pourrait être le refrain d’un blues est cette année le thème du Malta festival de Poznan. Depuis 20 ans, les artistes les plus prestigieux se sont succédé sur les plateaux de ce festival polonais qui explore les arts de la scène. Curateur de l’édition 2013, l’Italien Roméo Castellucci a ouvert la manifestation avec The four seasons restaurant, son dernier spectacle.
 

The Four Seasons Restaurant © Christophe Raynaud de Lage

Avec un tel thème, Oh man, Oh machine !, le Malta Festival, qui se tient jusqu’au 20 juillet à Poznan en Pologne, ne pouvait s’ouvrir qu’avec The four seasons restaurant, le dernier spectacle de Roméo Castellucci. Le metteur en scène italien s’appuie sur les ressorts de la technologie pour explorer les profondeurs de l’âme humaine. La pièce s’ouvre sur l’étrange son d’un trou noir, mélange de succion et de frottement, fourni par la Nasa. Elle se termine en apothéose, dans un ouragan de plumes, avec en fond de scène, une immense apparition de ce qui pourrait être la Madone. Un chœur de jeunes femmes interprétant la Mort d’Empédocle, du poète allemand Hölderlin, sert de long point de jonction entre ces deux apoastres. Très visuel, reposant sur une succession de tableaux très codifiés et travaillés dans les moindres détails, ce théâtre ne peut exister sans l’apport d’une machinerie complexe, aussi indispensable qu’invisible. 

Le trou noir comme occasion de création

Invisible, car l’important est ailleurs. L’œuvre de Castellucci est imprégnée de la préoccupation fondamentale de la spécificité humaine. Il n’a de cesse de nous rappeler aux mystères de notre destinée et aux enjeux de notre dignité. Dans ses interviews, il fait souvent référence « au problème d’être né », à notre responsabilité fondamentale d’être vivant. Privée de ses origines, la conscience humaine est amputée d’une partie d’elle-même. Voilà sans doute pourquoi la référence au théâtre grec, aux sources de l’art occidental, imprègne tant le travail de Castellucci. Voilà probablement aussi pourquoi The four seasons Restaurant s’ouvre avec ce son venu d’ailleurs. « Le trou noir, le chaos, deviennent une occasion de création plutôt que de destruction. Je parle du chaos qui précède la Genèse plutôt que l’Apocalypse » explique le metteur en scène à propos de son spectacle.
 

The Four Seasons Restaurant © Christophe Raynaud de Lage

Le choix du titre est un hommage à Marc Rothko. Face à l’indifférence des clients, le peintre avait refusé qu’un célèbre restaurant de New-York, le Four Seasons Restaurant, expose les toiles qu’il lui avait commandées. On retrouve dans le théâtre de Castellucci cette même dénonciation des faux-semblants et des conventions sociales, cette quête absolue de vérité, ce besoin fondamental d’élargir les frontières de la réalité. 

Il est arrivé que ce théâtre apparaisse transgressif à certains. Il est au contraire profondément respectueux des formes les plus abouties de l’expressivité humaine. Comme tous les grands artistes, Castellucci est un chercheur. Très érudit, imprégné d’histoire de l’art, il emprunte, juxtapose, additionne les œuvres des autres pour nourrir sa propre créativité. Il n’impose rien ; il propose. Au spectateur, ensuite, de découvrir ce qu’il veut bien voir.


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Le 29 juin 2013

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