Vienne au rythme de la Nouvelle-Orléans

Dix ans après le passage de l’ouragan Katrina qui, en 2005, a plongé la Louisiane dans la désolation, le Festival Jazz à Vienne a tenu à rendre hommage au New Orleans jazz, musique sans cesse renaissante. Bonnes vibrations assurées. 

Cet été, il a soufflé sur la région Rhône-Alpes un rafraîchissant air de swing. « Jazz à Vienne » inaugurait sa 35e édition par une parade musicale dans les rues de la ville, selon la tradition des fêtes de la principale cité de Louisiane et berceau du jazz. Une originalité cependant : cuivres et percussions étaient tenus par de nombreuses mains juvéniles des conservatoires et écoles de musique de la région. Même prime à la jeunesse quelques heures plus tôt : le brouhaha des cours de récréation s’était transporté dans les travées du somptueux Théâtre Antique. Quelque 6500 écoliers étaient invités à une nouvelle adaptation jazz d’un grand classique, le Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns. Sur scène, les instruments composaient un véritable bestiaire. Le trombone figurait le lion, le saxophone le cygne, le tuba l’éléphant ou encore la flûte les oiseaux de la volière.
 
Cabu in memoriam
 
À proximité, place de Miremont, le musée des Beaux Arts célébrait, lui, un enfant terrible de la bande dessinée, le créateur du Grand Duduche, Cabu. Une exposition de ses dessins, croquis et esquisses évoquait le parcours de l’amateur de jazz. « Cabu avait un faible pour les grandes formations, les big bands de Cab Calloway ou de Count Basie, en particulier  », indiquait Jean-Pierre Vignola, l’un des organisateurs de la manifestation et l’un des cinq programmateurs de Jazz à Vienne. « L’exposition était prévue de longue date, poursuivait Jean-Pierre Vignola, et Cabu devait être présent. Malheureusement, le tragique attentat de Charlie Hebdo, le 7 janvier dernier en a décidé autrement et nous laisse orphelins.  » En ouvrant les festivités, la sous-préfète de Vienne, Florence Gouache, faisait référence aux portraits de Cabu et déclarait sous les applaudissements : « Le jazz participe à la lutte contre l’obscurantisme. »
 
Il était temps de sacrifier au rite du mâchon dans un bar près du temple d’Auguste de Livie. Surprise, l’art contemporain est de la partie, une vache dénommée Marguerite trônant devant le plus vieil édifice de la cité gallo-romaine, érigé vers l’an -20 avant J.C. On parie que ce plaisant choc des cultures aurait plu à Cabu, à la tête d’éternel potache rigolard. Autour de la table, Thierry Kovacs, le maire de la ville se félicitait de l’apport du Festival au dynamisme et à la notoriété de l’agglomération viennoise, tandis que Stéphane Kochoyan, directeur de « Jazz à Vienne », précisait : « Nous avons conçu cette 35e édition comme un remerciement à tous les apports de La Nouvelle Orléans.  » Il énumérait les noms des légendes du jazz présentes, en signalant : « Outre celles que vous verrez au Théâtre Antique, n’oubliez pas que, comme à Avignon, nous avons notre festival off, sous forme de nombreuses scènes éphémères dispersées dans les rues de Vienne. »
 
 
Histoires d’anges
 
Avant les premiers concerts de la soirée, la déambulation nous place face à face avec la curieuse fresque qui recouvre l’arrière du théâtre municipal. Elle réunit sous l’œil d’Hector Berlioz, Miles Davis et Dee Dee Bridgewater. Point commun ? Ils se sont tous les trois produits à Vienne. La cathédrale offre à son tour une amusante vision : des anges musiciens ornent les voussures de son portail principal. Le destin musical de Vienne était-il fixé dès le XIVe siècle ? 
 
Escapade obligée ensuite sur les coteaux environnants où prospèrent trois appellations fameuses : Côte-Rôtie, Condrieu et Saint-Joseph. Dans les deux exploitations viticoles visitées, celle de la famille Daubrée et celle de Christophe Semaska, le paysage est le même : succession de terrasses, de murets de pierres sèches et d’escaliers. Les vignes travaillées à la main poussent le long d’échalas de près de 2 mètres de haut. «  Nos collines qui surplombent le Rhône sont gorgées de soleil. Au sol, la température peut atteindre les 50°. D’où le nom de Côte Rôtie  », renseigne Christophe Semaska. Attenante à la maison construite au début du XVIIIe siècle, la cave du domaine Corps de Loup est percée de meurtrières. « Elles assurent une bonne circulation d’air bénéfique au vieillissement dans les fûts  », dit Martin Daubrée. Mais quid alors de la part des anges ? 
 
Sous l’influence de Louis Armstrong
 
Sur la scène des jardins de Cybèle, la jeune et virtuose blueswoman Leylla McCalla passe allègrement du violoncelle au banjo. Comme elle jongle entre les influences haïtienne et new-yorkaise de ses parents. Son installation en pays cajun, à La Nouvelle Orléans, depuis cinq ans, l’incite à utiliser le créole dans ses chansons. À la nuit tombée, la chanteuse Lillian Boutté, le trompettiste Jerôme Etcheberry (qui joua avec les Haricots rouges) et le Satchmo Gumbo prennent le relais au Théâtre Antique. Pourquoi ce nom de Satchmo Gumbo ? « Tout simplement, répond Lillian Boutté pour saluer la mémoire de la légende de La Nouvelle Orléans, Louis Armstrong, surnommé Satchmo. » La voix grave et chaleureuse de Lililan Boutté résonne avec bonheur dans l’enceinte de pierre viennoise. Ne fut-elle pas la deuxième personnalité, après Louis Armstrong, a avoir été nommée ambassadrice musicale de La Nouvelle Orléans ? La nuit s’achève avec une native de Memphis, installée à Paris, Dee Dee Bridgwater. Sa voix puissante alterne avec le cocktail de sonorités délivré par les seize musiciens de la formation The New Orleans Jazz Orchestra (NOJO), dirigée par le trompettiste Irving Mayfield. Les jours suivants, d’autres artistes seront plébiscités, comme le pianiste Allen Toussaint. La Nouvelle Orléans et Vienne sont bien vivantes, le succès populaire en atteste. Ne reste à espérer que le Festival se renouvelle une fois encore lors de sa 36e édition, au début de l’été 2016.

Pratique

° Y aller. En TGV. Paris-Lyon-Vienne. Changement de train à la gare de La Part-Dieu à Lyon (au total, 2h30 de trajet).

° Y séjourner. Hôtel Ibis, pour sa situation centrale. www.accorhotels.com

° Y manger. Deux valeurs sûres :
- Le Domaine de Clairefontaine de Philippe Girardon (1 étoile au Michelin).
Tél : 04 74 58 81 52 www.domaine-de-clairefontaine.fr
- La Pyramide de Patrick Henriroux (2 étoiles au Michelin). 14, bd Fernand Point. Tél 04 74 85 69 73 www.lapyramide.com
° À visiter. Vignobles « Corps de Loup » www.corpsdeloup.com et Domaine Christophe Semaska www.domaine-semaska.com
° Renseignements.

- Office de tourisme de Vienne et du pays viennois. Tél : 04 74 53 80 30
www.vienne-tourisme.com

- Jazz à Vienne : www.jazzavienne.com En ligne, des vidéos de la 35e édition.


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Le 18 octobre 2015

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