Visages baltes

Réputés pour leurs sylphides blondes, les Pays baltes affichent aussi de sculpturales façades d’immeubles ou de pittoresques enceintes médiévales. Promenade architecturale dans les rues de Riga, la capitale lettone et Tallinn, son homologue estonienne. 


La cathédrale orthodoxe Alexandre Nevsky aux bulbes noirs, au coeur de Tallinn © YH

Riga (650 000 habitants), la modeste capitale lettone rassemble tout de même près du tiers de la population du pays. Surtout, elle abrite au sein de son quartier Art nouveau, situé à proximité du centre ville, 800 bâtiments remarquables érigés entre la fin du XIXe siècle et 1914. Une poignée d’architectes, parmi lesquels Mikhaïl Eisenstein, le père du cinéaste russe Sergueï Eisenstein, ont transformé les façades en véritable jungle minérale à coups d’audace et d’imagination. Ces surenchères architecturales se donnent à voir lors d’une déambulation entre les rues Alberta, Elizabetes ou Strelnieku. Elles offrent une succession d’étonnements : des femmes au buste dénudé surgissent de sages colonnes ; un couple d’improbables dragons surmonte une porte d’entrée ; quelques baies vitrées aux formes oblongues imposent l’esthétique des lignes courbes ; des cariatides et des atlantes soutiennent une rangée de balcons, tandis qu’au sommet d’un édifice, d’imposants et sévères profils grecs scrutent les visiteurs. Il émane de cette mise en scène théâtrale, de cette profusion d’ornementations à la fois gracieuses et délirantes un charme romantique certain. La ville a bien mérité son surnom de métropole de l’Art nouveau. 
 
Pas le temps de souffler avant que deux emblèmes de la ville attirent à leur tour les regards : le monument de la liberté, haut de 50 mètres, symbolise l’indépendance lettone de 1918, longtemps remise en cause par les convoitises nazies et staliniennes. Plus inattendu, un chat noir hérissé, posté sur une tourelle, semble prêt à bondir sur les passants. Il évoque en fait un litige d’un siècle passé entre un marchand et sa confrérie, la Grande Guilde. On prend la mesure de la puissance de cette corporation en se rendant sur la grand place à la tombée de la nuit : la façade du bâtiment construite au XVIe siècle en briques et pierres dans le style renaissance néerlandaise scintille de mille feux. L’ensemble est connu comme le bâtiment des « Têtes noires », référence aux origines nubiennes de Saint Maurice, patron de la Guilde. 
 
Changement de décor au marché central de Riga, l’un des plus grands d’Europe. Il faut dire que l’on n’a pas lésiné sur les moyens en déménageant du vieil aérodrome les anciens hangars à zeppelins. Ces structures monumentales accueillent désormais sur 16 000 m² toutes les victuailles possibles : fruits et légumes multicolores, viandes et poissons de la Baltique, au premier rang desquels figurent les harengs séchés, présentés en bottes, comme des bouquets de fleurs ! 
 

Les façades pastel de la place de l’hôtel de ville de Tallinn © YH
 
Tallinn, du Moyen Age au XXIe siècle
 
Nous empruntons la route qui relie les trois capitales baltes, de Vilnius (Lituanie) à Tallinn (Estonie) en passant par Riga (Lettonie), en 600 kilomètres. Connue comme la Voie balte, elle rassembla le 23 août 1989 une gigantesque chaîne humaine de deux millions de manifestants en provenance des trois pays frères : ils réclamaient l’émancipation du joug soviétique à la faveur de la perestroïka. Aujourd’hui qu’ils sont solidement arrimés à l’Union européenne, les Baltes sourient à l’évocation de ce grand moment d’unité protestataire.
 
Direction plein nord, vers Tallinn, la perle estonienne, qui se plaît à brouiller les pistes. Elle cultive à la fois son passé médiéval et s’affiche comme une ville branchée entrée de plain-pied dans l’ère numérique. On effectue volontiers le grand écart. On longe les impressionnants remparts, rehaussés de tours de guet, et longs de 2,3 kilomètres. Ils enserrent la vielle ville et lui valent le surnom de « Petite Carcassonne ». Une convention de jumelage unit d’ailleurs les deux cités fortifiées. A l’intérieur de l’enceinte balte, des ruelles pavées tortueuses conduisent à de jolies demeures hanséatiques et des vestiges des XIVe et XVe siècles, dont une pharmacie datant de 1422. Les promeneurs autochtones, eux, ne quittent pas leur smartphone : Tallinn dispose de l’un des réseaux wifi les plus denses du monde. On se souvient à l’occasion que ce sont deux jeunes Estoniens qui inventèrent Skype en 2003, avant de revendre leur trouvaille à Bill Gates. 
 
On replonge dans le passé, en se laissant glisser sur la vaste place doucement inclinée de l’Hôtel de ville qui expose ses plaisantes façades pastel. À proximité, les bulbes noirs de la cathédrale orthodoxe Alexandre Nevski semblent pointés vers le ciel. Plus loin, dans le quartier des affaires, une sirène sculptée rappelle que les régates des Jeux olympiques de 1980 se tinrent à Tallinn. Nous nous trouvons face à l’hôtel Viru dont le principal titre de gloire fut d’avoir hébergé, hier, le KGB, au 23e étage, qui officiellement n’existait pas ! Le lieu fait à présent partie des circuits touristiques et l’on montre avec force détail la station d‘écoute sophistiquée chargée d’espionner les visiteurs étrangers, les micros dissimulés partout dans les chambres, des lustres aux tableaux. Le personnel était aussi placé sous surveillance : ainsi, un porte monnaie piégé à l’encre indélébile marquait les employés « voleurs ». Chacune des capitales baltes entretient aussi un incontournable musée du KGB. Ils signalent le poids de l’histoire, la force du traumatisme communiste et du ressentiment à l’égard de l’ancien tuteur, toujours jugé menaçant. D’autant que parmi le 1,3 million d’Estoniens, plus de 25 % sont russophones. Un défi qui n’effraie pas Tallinn, la ville laboratoire : elle valorise déjà si bien son riche passé en se tournant résolument vers l’avenir qu’on est tout prêt à parier sur elle. 
 

Pratique
° Y aller. Avec Air Baltica. Vols réguliers Paris (Roissy) - Riga et Tallinn - Paris. www.airbaltic.com
° Monnaie : l’euro. L’Estonie est passée à l’euro dès 2011, la Lettonie en 2014 et la Lituanie en 2015.
° Y séjourner. À Riga, l’hôtel Neiburgs, bien situé et confortable www.neiburgs.com Pour une vue panoramique sur la ville, allez prendre l’apéritif au Skybar, situé au 26e étage de l’hôtel Radisson Blu. www.radissonblu.com/en/latvijahotel-riga
À Tallinn, l’hôtel Telegraaf, au cœur de la vieille ville www.telegraafhotel.com
Dîner médiéval au restaurant Maikrahv : www.maikrahv.ee
° Circuits : découverte des trois Pays baltes à partir de 1399 €, avec Pouchkine Tours, un spécialiste de la destination. Guides accompagnateurs francophones. www.pouchkine-tours.com Renseignements : 02 98 73 76 38.
° À lire. « Pays baltes » (Bibliothèque du voyageur, Gallimard) et Cartoville Riga et Tallinn (Gallimard, 8,40 € chacun).
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Le 6 mars 2016

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