Vodun et Orisha. La voix des dieux

Plus qu’une religion, un culte existentiel : le vaudou imprègne les mentalités en Afrique subsaharienne, tout autour du golfe de Guinée. On parle de vodun, en fon, langue principale du Sud-Bénin. Et d’orisha chez les Yorubas. Dans tous les cas, partagez les cérémonies de retour parmi les vivants des ancêtres divinisés grâce à ce livre-initiation, joliment illustré.

Comme le dit Montaigne, « chacun appelle barbare ce qui n’est pas de son usage.  » De fait, le visiteur qui assiste pour la première fois à une danse de possession au son de chants et tambours, ponctuée de transes convulsives de quelques célébrants, a de quoi être interloqué, voire désarçonné. D’autant qu’une cohorte de visages peints semble se libérer de ses pulsions en virevoltant au rythme de danses effrénées, encouragés par les clameurs de la foule. 

Mais au-delà du caractère spectaculaire de la cérémonie, trop vite disqualifiée en « manifestation de sorcellerie », les auteurs invitent à décrypter ces « forces venues d’ailleurs », à plonger dans cet autre univers. Lorsqu’une divinité « chevauche » un adepte initié, il redevient son ancêtre. Le vaudou apparaît ainsi comme « le ciment de la vie ». L’individu isolé n’est rien, il est relié pour le meilleur et pour le pire, et par le biais des dieux, à sa communauté. En communiant avec les vivants, le revenant les assure de leur protection. 

Signe de sa force et de son ancrage, le vaudou a survécu à toutes les tentatives d’éradication ou de conversion, hier, par les missionnaires coloniaux ou encore dans le courant des années 70, par les disciples marxistes du président béninois Mathieu Kérékou (bientôt qualifiés, il est vrai, de « laxistes-béninistes » !)… Là où il a pris racine, dans les pays du golfe de Guinée, le vaudou reste aujourd’hui encore la colonne vertébrale des sociétés. En témoignent, les « marchés aux fétiches » qui ont pignon sur rue jusque dans les capitales. Ou le festival des divinités noires, sur le littoral togolais, converti en rendez-vous international réputé des adeptes du vaudou. Car le rituel, qui emprunte de multiples formes selon les lieux de culte, a essaimé des Caraïbes (Haïti, Cuba,...) à l’Amérique latine. 

Pour approcher cette « voix des dieux », Catherine et Bernard Desjeux, qui fréquentent le Bénin (alors Dahomey) ou le Togo depuis une quarantaine d’années, sont indéniablement des guides qualifiés. Ils ne révèlent pas de «  secrets impénétrables », réservés aux seuls initiés. Mais tant les nombreuses photos prises à l’occasion de soirées « endiablées » - véritable fonds ethnographique - que leurs commentaires avisés, forment une plaisante invitation à tutoyer le monde étrange des esprits, à passer de l’autre côté du miroir. Yeux grands ouverts, sourire aux lèvres et verre de vin de palme à la main. 

 Cérémonie vaudou au village de Zanguera - YH

* « Vodun et Orisha. La voix des dieux », par Catherine et Bernard Desjeux (Editions Grandvaux, 190 p. 24 €).


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Le 7 juin 2014

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