ricci/forte : wunderkammer soap # 7 massacre à paris

Le duo ricci/forte, dramaturges italiens protéiformes, est de retour à Paris. Le 10 mars, ils orchestreront une performance collective à la piscine municipale de Vanves. Que cache son titre énigmatique de wunderkammer soap #7 massacre à Paris ? Le Magazine les a rencontrés pour en savoir plus. 
 

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Le Magazine.info : Votre dernière pièce présentée à Paris en mars 2015, DARLING (Hypothèses pour une Orestie), s’inspirait du tragédien grec Eschyle. Le 10 mars, vous présentez à Vanves un nouveau projet dont une partie du titre, wunderkammer, renvoie aux célèbres cabinets de curiosités apparus à la Renaissance. En quoi consistera cette performance, et pourquoi ce titre ?

ricci/forte : Cette pièce fait partie d’un projet plus vaste, constitué de sept performances différentes. Chacune d’elle est inspirée de l’un des sept chef-d’oeuvres de Christopher Marlowe, ce dramaturge élisabéthain qui, au XVIème siècle, a écrit sur des personnages grandioses, tous dévorés, jusqu’aux conséquences ultimes, par la soif de Pouvoir. 

Les caractéristiques de ce cycle de performances sont leur durée, 25 minutes, leur répétition en boucle, ainsi que leur localisation dans des espaces non théâtraux. Dans le cas du Massacre à Paris, le spectacle qui sera présenté le 10 mars pour l’ouverture du Festival Artdanthé de Vanves, l’héroïne est Catherine de Médicis. Le massacre du titre se réfère à la Nuit de la Saint Barthélémy, où catholiques et protestants se sont entretués en août 1572. Ce massacre n’est pas si éloigné des tueries contemporains perpétrées pour asseoir une suprématie religieuse ou politique. 

Le Magazine.info : Le théâtre atteint-il d’autant mieux son objectif cathartique qu’il a lieu hors des salles traditionnelles  ?

ricci/forte : La performance se déroule dans la piscine municipale de Vanves. Nous avons choisi un lieu public, tout comme sont publics ces massacres qui éliminent des centaines d’innocents éloignés de l’Histoire avec un grand S et ignorants des jeux de pouvoir entre factions ennemies. L’eau, élément primordial, est constituée de sang et de larmes, véritable nectar pour Catherine, versé par une masse indistincte qui n’apaisera pourtant pas sa conscience. Les performers, un groupe international de 25 interprètes sélectionnés à Paris, seront les bras, les jambes et les poumons qui iront se sacrifier dans cette bataille inégale. Ils laisseront deviner à chaque personne du public qu’elle pourrait elle aussi devenir la cible d’une revendication entre peuples et religions différentes, à partir du moment où elle vit dans une société contemporaine imprégnée de contrastes et de haine raciale. L’indifférence de Catherine est notre indifférence à tous. Sa voracité n’est pas très éloignée de cette avalanche d’objets de consommation que nous utilisons pour nous protéger des autres. 

L’action violente, située dans un lieu connu de tout un chacun comme espace d’agrégation, telle que l’est une piscine, renverra aux traces récentes des brutales attaques terroristes qui ont bouleversé nos certitudes bourgeoises. Comme si une lumière différente montrait les horreurs et les incertitudes d’un lieu qui était jusqu’alors considéré comme pacifique : nous ne sommes plus en sécurité nulle part sur la planète. Ce qui se passe aujourd’hui nous concerne tous désormais, malgré l’indifférence diffuse ou le deuil qui s’évapore à peine s’effacent les gros titres des journaux et des médias. Les spasmes, l’énergie, l’envie de vivre et le désespoir des 25 performers en scène et dans l’eau deviendront un feu de bengale destiné à exploser dans tous les muscles cardiaques du public. 
 

Le Magazine.info : Pour cette performance, allez-vous travailler avec les acteurs de votre compagnie, ou bien avec des acteurs auditionnés sur place ? 

ricci/forte : Ce travail portera la greffe de lymphe vitale de multiples nationalités. Nous avons rapproché des performers de notre compagnie, Piersten Leirom, Liliana Laera et Nina Greta Salomé, une multitude d’interprètes sélectionnés après un casting exigeant qui s’est déroulé à Paris ces dernières semaines. Français, Russes, Italiens, Arméniens, Tunisiens, Taïwanais, Israéliens, tous ensemble ils raconteront un peuple unique, qui dépasse les frontières géographiques et linguistiques. Chacun d’eux, par son extraordinaire talent, est animé par la détermination et l’enthousiasme de raconter son histoire à travers cette expérience avec nous. Parce que la douleur et l’envie de trouver un sens à l’existence ne connaissent pas de checkpoint douaniers. 

Le Magazine.info : Après cette performance, quels seront vos prochains projets ?

ricci/forte : Nous sommes en train de finaliser le scénario de notre premier long-métrage, que nous tournerons entre Paris et l’Italie du Sud. L’année prochaine, avec le soutien du Teatro Stabile de Palerme et avec la collaboration de l’école de théâtre dirigée par Emma Dante, nous réaliserons une version du Troïlus et Cressida de Shakespeare. Toujours en Sicile, nous ferons nos débuts dans la mise en scène lyrique, avec une production du Teatro Massimo de Palerme, l’une des institutions musicales les plus importantes d’Italie, en nous confrontant avec un compositeur du XXème siècle européen. 

ricci/forte, Wunderkammer #7 _ Le massacre de Paris – Festival Ardanthé, le 10 mars à 18 heures 30


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Le 8 mars 2016

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